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Pourquoi les Européens se ruent sur le soja américain

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Aujourd'hui, les Etats-Unis sont passés devant le Brésil comme premier fournisseur de soja de l’Union européenne.

Les Européens sont en train d’importer massivement du soja américain. La nouvelle a de quoi beaucoup satisfaire l’administration Trump. En effet, aujourd'hui, les Etats-Unis sont passés devant le Brésil comme premier fournisseur de soja de l’Union européenne. Et de loin. La Commission européenne a publié les données de juillet à mi-septembre : + 133%. Cela représente près de 850 000 tonnes de plus que l’an dernier.

La part de marché américaine en Europe a ainsi doublé. Elle est à présent à 52%. Le commissaire européen à l’Agriculture soutient que cela montre que les engagements pris lors de la rencontre du chef de l’exécutif européen Jean-Claude Juncker avec le président Donald Trump, le 25 juillet à la Maison-Blanche, sont tenus. Il ajoute : « Cela reflète (…) le potentiel de réaliser beaucoup plus en travaillant ensemble ». Comprendre, Washington peut constater que l’Europe fait, là, mieux que se conformer aux termes de cet armistice commercial.

Pourtant, ces dernières semaines à Bruxelles, on n’a de cesse d’expliquer que la très forte poussée des achats de soja américain répond d’abord à une demande du marché européen. Le communiqué de la Commission fait ainsi mention d’une « qualité très attrayante pour les importateurs, grâce à des prix compétitifs ». Donc, la marchandise aurait été achetée avec ou sans le compromis du 25 juillet. La publication professionnelle Agra Europe, à Londres, souligne que c’est la Chine qui, en stoppant pratiquement les arrivages des Etats-Unis, a rendu indirectement ce soja nettement moins cher que celui d’Amérique du Sud.

L’UE récupère ce que ne prend plus la Chine ?

Les volumes ne sont pas vraiment du même ordre. Jusqu’ici, les Chinois achetaient 5 à 6 fois plus de soja américain que les Européens. Mais, incontestablement, l’Union européenne (UE) vient, en partie, soulager les producteurs de l’Iowa, du Minnesota ou du Nebraska, qui ont vu leurs stocks gonfler et leur prix de vente chuter comme jamais depuis près de dix ans. Dans un journal économique de Hong Kong, un intervenant sur le marché décrit le soja comme « l’indicateur parfait de la guerre commerciale », avec deux fournisseurs « dominants » (Etats-Unis et Brésil) et puis, un consommateur « dominant » (la Chine).

L’Europe, par sa politique d’achat accommodante, vient donc au secours de ce fournisseur « dominant » malmené, les pays clients d’Afrique nord et du Moyen-Orient apportant aussi leur concours aux Américains.

Cela peut-il continuer sans réticence au sein de l’UE ?

Après le compromis de juillet, l’organisation française des producteurs de grains, une branche de la Coordination rurale, a parlé de « trahison », jugeant que cette hausse des importations contrevenait à la stratégie de l’Europe qui cherche à combler de façon autonome son déficit en protéines végétales. Il y a aussi l’accusation d’un deux poids et deux mesures puisque l’UE admet l’importation de certaines variétés génétiquement modifiées tout en n’autorisant pas leur culture sur son propre territoire. Cependant, le choix est semble-t-il fait : afin de pouvoir continuer à vendre des voitures aux Etats-Unis, l’Europe est contrainte de s’en arranger.

Benaouda ABDEDDAIM