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Pour The Economist, "David Cameron ne veut pas de Brexit"

David Cameron avait initialement prévu d'organiser le référendum avant la fin de l'année 2016.

David Cameron avait initialement prévu d'organiser le référendum avant la fin de l'année 2016. - Leon Neal - AFP

Selon John Peet, rédacteur en chef du service politique de l’hebdomadaire, le Premier ministre britannique négocie surtout avec l’Union européenne afin de convaincre l’aile eurosceptique de sa majorité.

Voilà David Cameron bien embarrassé, en vue du référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. La chambre des Lords a en effet voté un amendement abaissant l’âge minimum requis pour pouvoir y participer, laissant planer la menace d’un report de la consultation. Un tel cas de figure pourrait augurer d’une campagne longue et pénible pour le Premier ministre britannique, pouvant fracturer sa majorité et remettre en cause le calendrier prévu. Éclairage avec John Peet, rédacteur en chef du service politique de l’hebdomadaire libéral The Economist.

Pensez-vous que le Royaume-Uni se maintiendra au sein de l’Union européenne?

John Peet - Rien n’est certain, on a pu s’en rendre compte en 2005 en France. La crise financière, couplée à celle liée à l’immigration, peut avoir des effets difficiles à évaluer. Mais je pense que la plupart des Britanniques estiment qu’il est plus confortable de rester dans l’Union européenne.

Quels sont les arguments des eurosceptiques?

J.P. - Pour résumer, leur discours repose sur la sécurité et la crise migratoire: "Si vous voulez contrôler vos frontières, il faut sortir de l’UE". C’est à peu près le même discours que tient Marine Le Pen en France.

Pensez-vous que David Cameron souhaite un Brexit?

J.P. - Non, absolument pas. Je pense qu’il a décidé, et que sa conviction est qu’une sortie de l’UE serait trop dangereuse économiquement. Je pense également que Osborne (le chancelier de l’échiquier) et Hammond (secrétaire d’État aux Affaires étrangères) sont du même avis. Malgré tout, il y a au sein de la majorité une frange eurosceptique qu’ils doivent tous trois prendre en compte.

Le Premier ministre britannique a posé ses conditions. En demande-t-il trop?

J.P. - C’est une négociation. Certaines demandes sont raisonnables, comme le renforcement du rôle des parlements nationaux ou un surplus de flexibilité. Si l’UE accepte, il pourra les faire passer pour une victoire. D’autre part, David Cameron devra avoir quelque chose à présenter aux eurosceptiques, prouvant que l’Europe a changé d’attitude vis-à-vis des Britanniques.

En quoi le vote de la chambre des Lords, qui a abaissé l’âge de la participation au référendum, peut avantager l’un des deux camps?

J.P. - Ce vote peut avoir pour conséquence d’introduire un délai, c’est-à-dire que le référendum pourrait finalement avoir lieu en 2017. Les eurosceptiques espèrent que ce sera le cas, car ils estiment que le temps joue en leur faveur. Mais il est difficile d’en être sûr.

Que se passerait-il en cas de Brexit?

J.P. - Ce sera très compliqué. Ce seront 40 années d’expérience européenne, avec toutes les règles qui vont avec, qui seront remises en causes. Il faudra également négocier un traité de libre-échange avec l’UE, et cela prendra beaucoup de temps. En outre, on pourrait assister à une fuite des capitaux étrangers. Les grandes entreprises américaines, indiennes, ou chinoises, viennent d’abord au Royaume-Uni car cela leur donne accès au marché commun.

Peut-on craindre un effet domino en Europe?

J.P. - Probablement pas. Mais il existe toujours un risque: la Suède, et dans une moindre mesure le Danemark, vont tout de même regarder de près ce qui va se passer au Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni, justement, peut-il exploser en cas de Brexit?

J.P. - En effet, il est possible que l’Écosse veuille rester au sein de l’Union européenne, organise un référendum et fasse ainsi éclater le Royaume-Uni. Dans ce cas, cela deviendrait encore plus compliqué pour les entreprises britanniques.