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Pétroliers ciblés dans le Golfe : les Etats-Unis blâment l’Iran pour le contraindre à négocier

Image fourni par l'agence de presse iranienne de l'opération de secours du pétrolier norvégien attaqué.

Image fourni par l'agence de presse iranienne de l'opération de secours du pétrolier norvégien attaqué. - TASNIM NEWS / AFP

Ces dernières 24 heures, différents représentants de services de sécurité en Europe réclament beaucoup de précaution, n’écartant pas que l’Iran ne soit pas responsable des incidents, malgré les éléments d’information qu’avancent les Américains.

Tout en portant des accusations directes contre Téhéran et en évoquant une atteinte à la paix et la sécurité internationales, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a affirmé souhaité que les Iraniens aillent à la table des négociations « le moment venu ».

Il n’est donc pas encore question d’assimiler l’incident en mer d’Oman à un acte de guerre. Le commandement central militaire américain a d’ailleurs déclaré, par communiqué, qu’il n’y avait « aucun intérêt à engager un nouveau conflit au Moyen-Orient », en ajoutant qu’une « guerre avec l'Iran n'est pas dans l’intérêt stratégique » des Etats-Unis.

Il y a une dizaine de jours, le président Donald Trump a déjà assuré être disposé à entamer un dialogue « sans conditions préalables », sans néanmoins renoncer à sa batterie de sanctions. L’incident maritime de jeudi représenterait alors un facteur supplémentaire pour contraindre les Iraniens à négocier.

Quelques heures avant que Mike Pompeo formule ses accusations, une chaîne d’information étatique à Téhéran a estimé que « les Etats-Unis et leurs alliés mènent une stratégie qui requiert de disposer le plus possible de leviers de pression face à l’Iran ». Ensuite, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a jugé que Washington et ses alliés sont « passés au plan B : celui du sabotage diplomatique et du maquillage de son terrorisme économique ».

L’autorité politique suprême iranienne renvoie le gouvernement américain au point d’origine du contentieux : la dénonciation de l’accord nucléaire, conclu à Vienne en 2015 avec les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et l’Allemagne. Le Guide de la Révolution islamique Ali Khamenei, recevant hier le Premier ministre japonais Shinzo Abe, lui a affirmé que son pays ne « répètera pas l’amère expérience » de négocier avec les Etats-Unis. « Quelle personne sensée », selon ses mots rapportés par les agences de presse iraniennes, « négocierait à nouveau avec un pays qui renie tous ses accords, (…) se soustrait à un traité reconnu internationalement ? ».

Contre-productif

Le spécialiste de l’Iran Ali Vaez, qui travaille à l’International Crisis Group, explique que la seule chose que Téhéran trouverait « plus intolérable que l’impact écrasant des sanctions est de lever le drapeau BLANC à cause d’elles ». Et certains analystes, partant du postulat que l’attaque des pétroliers en mer d’Oman porte bien la signature iranienne, considèrent que cela démontre le caractère contre-productif de la stratégie de l’administration Trump.

Un consultant du cabinet new-yorkais de risque-pays Eurasia Group, cité par le magazine américain « Foreign Policy », pense ainsi que « combinées » aux incidents le mois derniers contre des navires au large des Emirats arabes unis « les attaques de jeudi apparaissent comme un effort systématique de l’Iran de démontrer que la paix et la sécurité dans le Golfe sont subordonnées à sa propre stabilité économique ».

Autrement dit, n’espérez pas entraver toujours davantage nos exportations de pétrole (la quasi-totalité des recettes en devises de l’Iran), sans que l’on s’en prenne aux vôtres. Toutefois, ce raisonnement suppose que Téhéran soit maintenant prêt à entamer l’affrontement militaire. Ce dont beaucoup de monde doute, y compris à Washington. Ces dernières 24 heures, différents représentants de services de sécurité en Europe réclament beaucoup de précaution, n’écartant pas que l’Iran ne soit pas responsable des incidents, malgré les éléments d’information qu’avancent les Américains.