BFM Business

Le Royaume-Uni pourrait perdre son triple A

David Cameron a été largement réélu.

David Cameron a été largement réélu. - Ben Stansall - AFP

Moody's et Fitch avaient déjà abaissé la note de la dette à long terme du pays. S&P, de son coté, vient de fixer la perspective à "négative".

Le Royaume-Uni pourrait voir son triple A s'envoler. L'agence Standard & Poor's a abaissé vendredi à "négative" la perspective de la note de la dette à long terme du Royaume-Uni, actuellement fixée au cran le plus élevé de AAA, citant les risques encourus par le référendum sur l'appartenance britannique à l'Union européenne (UE).

"La décision du gouvernement conservateur (...) de tenir un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE d'ici à 2017 représente un risque pour les perspectives de croissance des services financiers et des secteurs exportateurs, ainsi que pour l'économie en général", a expliqué S&P dans un communiqué. "Nous pensons en outre qu'un possible départ de l'UE soulève la question du financement des larges déficits (budgétaires et des comptes courants, ndlr) du Royaume-Uni", a ajouté l'agence de notation. Le changement à une perspective "négative" signifie que la note du pays pourrait être abaissée à court ou moyen terme, bien que cela ne constitue pas une certitude, S&P évoquant "une probabilité d'une sur trois dans les deux ans à venir".

S&P est la seule des trois grandes agences de notation à conférer sa note maximale à la dette à long terme du Royaume-Uni. Moody's lui octroie la note "Aa1" (perspective stable), soit la deuxième meilleure de son échelle qui en compte 19, et Fitch a confirmé en décembre sa note "AA+" assortie d'une perspective stable - également la deuxième meilleure note possible sur son échelle de 22.

Maintien ou non du pays dans l'UE

Le Premier ministre conservateur David Cameron, largement réélu lors des élections législatives du 7 mai, a promis d'organiser un référendum sur le maintien ou non du pays dans l'UE d'ici à la fin 2017 au plus tard. Il se dit personnellement favorable au maintien, mais dans le cadre d'une UE réformée après une renégociation des conditions d'appartenance de son pays. Londres souhaite notamment rapatrier certains pouvoirs au nom de la souveraineté du Parlement britannique et durcir les conditions d'accès aux aides sociales pour les ressortissants de l'UE.

"Appeler à un référendum sur l'appartenance à l'UE va davantage exposer la politique économique (du gouvernement) à la politique politicienne", a prévenu en outre S&P, qui y voit une situation comparable avec celle qui a prévalu aux États-Unis lorsque l'agence avait dégradé la note américaine sur fond de guérilla parlementaire entre démocrates et républicains autour du budget.

"Le Royaume-Uni bénéficie de son statut d'économie ouverte qui a, d'après nous, prospéré dans le cadre de l'UE. L'appartenance du pays à l'UE a permis à son économie d'attirer davantage de flux de capitaux à bon marché et de main d'oeuvre qualifiée que si elle n'avait pas été membre du marché unique", a encore estimé l'agence de notation.

"Un encouragement à la reprise solide"

"L'immigration importante vers le Royaume-Uni au cours de la dernière décennie a soutenu l'économie et le budget" britanniques, a ajouté S&P. Les milieux d'affaires de la City de Londres sont dans l'ensemble favorables au maintien dans l'UE, mais l'incertitude entraînée par cet appel aux urnes a tendance à inquiéter le patronat britannique.

Le Trésor s'est voulu positif après la décision de S&P, soulignant d'abord que l'agence avait maintenu la note "AAA", ce qui constitue d'après lui "un encouragement à la reprise solide favorisée par le plan du gouvernement à long terme". "Nous sommes les premiers à dire que nous sommes dans une période de risque élevé qui menace la reprise, ce qui explique pourquoi nous travaillons à renforcer la stabilité de l'économie", a-t-il souligné.

"Au coeur de ce plan figure le fait de donner au peuple britannique son mot à dire sur l'appartenance à l'UE pour la première fois en 40 ans et de résoudre l'incertitude entourant la relation du Royaume-Uni avec l'UE", a assuré le Trésor.

D. L. avec AFP