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La Tapisserie de Bayeux, un prêt pas si désintéressé de la France au Royaume-Uni?

Le prêt de la Tapisserie de Bayeux à Londres n'est pas désintéressé, prévenait la presse britannique mercredi.

Le prêt de la Tapisserie de Bayeux à Londres n'est pas désintéressé, prévenait la presse britannique mercredi. - Mychele Daniau - AFP

VIDÉO - Au lendemain de l'annonce par Paris du prêt de cette oeuvre d'art qui retrace une partie de l'histoire britannique, le Royaume-Uni annonce une hausse de sa contribution à la sécurisation des frontières à Calais. Une temporalité qui donne du corps à la mise en garde de certains médias britanniques.

Londres va augmenter de 44,5 millions de livres sa contribution à Calais. Soit plus de 50 millions d'euros pour la sécurité à la frontière, a déclaré un porte-parole de l'exécutif britannique. L'annonce intervient opportunément au lendemain de celle du gouvernement français sur le prêt de la Tapisserie de Bayeux au Royaume-Uni. Faut-il y voir un lien entre les deux? Les tabloïds anglais le croient, et certains prédisaient dès mercredi un échange de bons procédés de cet acabit.

Pour comprendre l'histoire, il faut savoir que ce prêt a une portée considérable outre-Manche. La Tapisserie de Bayeux y revêt une exceptionnelle dimension patrimoniale. Cette œuvre du Moyen-Âge relate sur 68 mètres la conquête de l'Angleterre par Guillaume de Normandie avec comme apogée la bataille d’Hastings, où il prit en 1066 la couronne aux dépens du saxon Harold. Un médiéviste spécialiste de la toile, probablement réalisée dans le Kent, en parle comme d'un "document de propagande". Dès lors, ce prêt représenterait un retour aux sources pour l'oeuvre.

La Une de toute la presse britannique

Ainsi, avant le sommet bilatéral entre Theresa May et Emmanuel Macron ce jeudi au cours duquel le prêt doit être officialisé, le retentissement politique et médiatique de l'annonce se révèle considérable au Royaume-Uni. D'ores et déjà, la Première ministre Theresa May a salué ce geste français qualifié de "très significatif" devant la Chambre des communes. La dirigeante britannique s’est engagée à ce que le plus grand nombre puisse contempler l’œuvre. Alors qu'elle doit subir des travaux de restauration complète qui l'empêcheront vraisemblablement de traverser la Manche avant 2020, voir 2023, les candidatures pour l’accueillir affluent déjà, et le British Museum de Londres paraît le mieux placé.

Surtout, ce jeudi matin dans les kiosques britanniques, le prêt de la Tapisserie de Bayeux occupe tout l'espace. La presse traite unanimement le sujet en Une. Certains titres évoquent une grande manifestation d’amitié et de considération, un "geste diplomatique extraordinaire" de la part du chef de l’État français. Mais d’autres trouvent que le symbolisme de ce prêt voulu par le président français revêt un caractère trop spectaculaire pour ne pas être destiné, en réalité, à obliger le Royaume-Uni. Le Times écrit ainsi que Macron "est vite passé maître dans l’art de désarmer ceux avec qui il veut partager les feux de l’actualité".

Tirer profit du Brexit aux dépens des Britanniques

Le grand quotidien conservateur n’est pas le seul à percevoir cette faveur comme une extravagance au regard du processus de séparation engagé entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Tout en remerciant le président Macron en français, un chroniqueur invite ses compatriotes à ne pas se laisser abuser. Ce retour de la Tapisserie de Bayeux serait surtout une manœuvre d’esquive, dissimulant toute la politique française visant à tirer profit du Brexit aux dépens des Britanniques.

Il y a enfin ceux qui y voient un moyen pour Paris de faire accepter les factures qui vont être présentées ce jeudi. L’un des principaux tabloïds europhobes, le Daily Mail, fait sa Une ce jeudi en parlant de "traquenard". Le quotidien mettait justement en parallèle ce geste avec les 45 millions de livres demandés pour continuer à stopper les migrants à Calais. Un Daily Mail visionnaire: quelques heures après sa parution, Londres dévoilait sa contribution.

Benaouda Abdeddaim, édité par N.G.