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L'Europe reste la cible privilégiée des investissements chinois

Les groupes chinois misent beaucoup sur l'industrie européenne.

Les groupes chinois misent beaucoup sur l'industrie européenne. - -

D'après le "Dragon index" publié par le Fonds A Capital, ce mardi 16 avril, c'est le continent européen qui concentre la majeure partie des investissements chinois dans le monde. Explications.

Le dragon chinois continue de faire son marché en Europe avec appétit. D'après l'indicateur trimestriel du fonds A Capital, le "dragon index", publié ce 16 avril, c'est même la zone qui attire la plus grande partie des capitaux chinois placés hors des frontières.

Cet indicateur se base sur le montant des fusions-acquisitions menées par des groupes chinois à l'étranger. En 2012, l'Europe a donc concentré 33% des fonds dépensés en fusacs, soit 12,6 milliards de dollars. C'est plus qu'en 2011 (10,4 milliards), et très loin devant l'Amérique du nord, second sur le podium avec environ 5,5 milliards.

Pourquoi un tel intérêt pour le continent européen ? D'abord parce que le cadre réglementaire y est plus souple qu'aux Etats-Unis par exemple, "où le comité du Sénat peut bloquer, de manière arbitraire, des investissements", explique André Loesekrug-Pietri, le fondateur d'A Capital, invité sur BFM Business ce mardi.


Source: A Capital

En outre, l'économie intérieure chinoise est surtout tirée par l'urbanisation. Et "cela va continuer pour les dix-vingt prochaines années", croit André Loesekrug-Pietri.

L'approvisionnement en énergie -pourquoi pas renouvelable- et en eau, le développement des transports, automobiles ou aéronautiques, sont donc des secteurs amenés à se développer. Dans tous ces domaines, les entreprises chinoises ont "besoin de savoir-faire, et c'est en Europe que se trouvent les meilleures technologies", se félicite le président du fonds.


Source: A Capital

Aux Cassandre qui évoquent un monde sous domination chinoise, André Loesekrug-Pietri répond qu'il faut toute proportion garder. "La somme que la Chine investit à l'étranger est sept fois moins importante que ce que les Européens dépensent hors de leurs frontières", explique-t-il.

Il indique aussi que la majeure partie des investissements chinois (58%) mènent à des prises de participation minoritaires. Et pour cause: les expériences de prise de contrôle total d'un groupe chinois sur un groupe étranger se sont souvent soldées par des échecs.

L'analyste admet que la "gestion internationale d'équipe n'est pas le fort des groupes chinois", du fait que "la plupart d'entre eux n'existaient pas il y a dix ou quinze ans".


Source: A Capital

Quant aux actifs stratégiques qu'il faudrait protéger de leur convoitise, le patron du fonds et dubitatif. Pour lui, le pays n'a "pas vraiment de stratégie d'investissement". Leur choix est "assez pragmatique" en ce que, comme les autres investisseurs dans ce contexte de crise, "les investisseurs ne savent plus trop à quel saint se vouer". S'ils investissent dans l'eau et l'énergie en Grande-Bretagne ou les satellites en France, c'est pour prendre le moins de risques possibles.

Et ces "investisseurs patrimoniaux", comme les désignent André Loesekrug-Pietri, ont confiance dans l'avenir de l'industrie européenne. Pour preuve, l'Europe récupère 86% des investissements industriels chinois dans le monde en Europe !

"Au moment où l'on parle de désindustrialisation en Europe, les Chinois croient plus à l'industrie européenne que nous-même !", souligne-t-il.

Nina Godart et BFM Business