BFM Business

L’ayatollah Khamenei claque la porte de l’Iran au nez de Chevrolet

Pour l’ayatollah Khamenei, Chevrolet est, comme Coca-Cola ou McDonald's, le symbole de la puissance américaine.

Pour l’ayatollah Khamenei, Chevrolet est, comme Coca-Cola ou McDonald's, le symbole de la puissance américaine. - Behrouz Mehri - AFP

"La fin de l’embargo en Iran ne profitera pas à Chevrolet. Pour l’ayatollah Khamenei, les voitures américaines sont lourdes, polluent et consomment trop. Un motif officiel de boycott, parmi d'autres qui le sont moins."

La fin de l’embargo ne signifie pas que l’Iran deviendra le client de toutes les entreprises occidentales de la planète. Loin s’en faut. Chevrolet est la première entreprise à avoir été mise sur la touche de ce nouveau marché. Le gouvernement iranien a brutalement décidé d’annuler l’autorisation d’importer des voitures américaines. Cette décision, rapportée par l’agence Mehr, est intervenue après de virulentes déclarations antiaméricaines de l’ayatollah Khamenei devant des milliers d’ouvriers iraniens.

"Je ne sais pas d’où vient cette histoire d'importer des (voitures) Américaines (...). Les Américains eux-mêmes ne les utilisent pas, c'est dans les médias américains. Les gens disent qu'elles consomment trop et sont trop lourdes", avait-il déclaré. "Dans ces conditions, pourquoi en importer?". Sans attendre de réponse, il a exigé que cela "cesse".

La demande a été entendue par les autorités civiles qui ont annulé une commande de 24 modèles de Chevrolet évaluée à 7 millions de dollars comme l’a signalé à l’AFP Farhad Ehtesham, président de l'Association des importateurs de voitures. "Depuis dimanche, il n'est plus possible d'inscrire les commandes pour importer des Chevrolet ".

Pour vendre en Iran, il faut créer une usine

Cette salve anti-Chevrolet s’explique par plusieurs raisons. La première repose sur un patriotisme économique classique qui incite la population à privilégier la production iranienne aux importations. L’Iran compte actuellement 17 millions de voitures en circulation pour une population de près de 80 millions d’habitants.

Entre 2011 et 2013, la production iranienne d’automobiles est passée de 1,65 million à 740.000 unités du fait des sanctions internationales. En 2014, elle est remontée à 1,1 million, et l’État veut aller plus loin. Avec la levée de l’embargo, il espère la voir doubler d’ici 2022. Ainsi, si les constructeurs étrangers veulent vendre en Iran, ils doivent y bâtir des centres de production. Comme le rappelle l’AFP, depuis l'accord nucléaire, Téhéran est en discussion avec des constructeurs européens (Renault, Peugeot, Volkswagen, Mercedes Benz ou Fiat) et asiatiques pour entamer ou reprendre la production de voitures en Iran.

Mais la salve de l’ayatollah Khamenei a une autre explication moins rationnelle. Chevrolet est, comme Coca-Cola ou McDonald's, le symbole de la puissance américaine. Ses modèles, qui étaient les plus prisés à l’époque du Shah, ont totalement disparu du pays au lendemain de la révolution islamique de 1979. Et pour le pouvoir en place, le rétablissement des relations économiques ne signifie pas pour autant le retour des symboles de la société de consommation américaine.

Renault, grand gagnant du marché iranien?

Jusque là, Chevrolet était parvenu à passer au travers des mailles du filet malgré l’embargo. En 2013, le constructeur envoyait des Camaro à Téhéran en les faisant transiter par l’Azerbaïdjan au vu et au su de tous, et il s’est même offert une campagne de publicité dans la presse iranienne pour vanter sa marque. Cette époque est révolue et General Motors en prend acte. Farah Amhaz, son porte-parole à Dubaï, a ainsi déclaré: "Nous ne prévoyons pas d’entrer sur le marché iranien en ce moment et nous prenons des mesures pour empêcher les entités locales d’importer nos modèles en Iran".

Cette mise à l’index fait évidemment des heureux chez les concurrents du groupe américain, Renault en tête. Pour le cabinet IHS, leader du marché iranien, le groupe de Carlos Ghosn sera le grand gagnant sur le marché iranien dès 2018 avec une part de marché de 12 à 15%. Et ce n’est qu’une estimation "pessimiste". Dans sa note, IHS précise que ces chiffres seront revus à la hausse lorsque Renault annoncera le démarrage en Iran de la production de la Kwid, son véhicule low-cost.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco