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Joseph Stiglitz: la politique de Donald Trump "ne marchera pas"

Joseph Stiglitz estime que les politiques de Trump sont vouées à l'échec

Joseph Stiglitz estime que les politiques de Trump sont vouées à l'échec - Mandel Ngan - AFP

Dans un discours prononcé à Davos, le prix Nobel d'Économie 2001 a sévèrement taclé le nouveau Président des États-Unis, assurant que sa politique économique ne pouvait qu'échouer. Il craint que Donald Trump ne précipite les États-Unis vers une guerre commerciale.

Pour Joseph Stiglitz, Donald Trump va clairement dans le mur. Lors de son intervention au forum économique mondial de Davos, le prix Nobel d'Économie 2001 a ainsi mis en garde contre la volonté du président élu de vouloir instaurer d'importants tarifs douaniers, notamment sur les importations chinoises.

"Cela ne marchera pas, j'en suis sûr", a-t-il assuré, selon des propos rapportés par l'agence suisse AWP. "Il ne comprend pas vraiment que ses politiques macroéconomiques vont conduire à une aggravation du déficit commercial. Il peut, certes, ramener des milliers d'emplois en tapant sans cesse sur les entreprises, mais d'un point de vue macroéconomique, il ne réussira pas", a-t-il assuré.

Le déficit commercial va augmenter

Lors d'un entretien à la Tribune de Genève, le 13 janvier dernier, Joseph Stiglitz détaillait un peu plus son raisonnement. Il expliquait alors pourquoi le protectionnisme mènerait les États-Unis à leur perte.

"Voilà comment fonctionne l’économie: le déficit commercial, par définition, est égal aux entrées de capitaux. Tout cela est aussi égal à la différence entre l’épargne intérieure et les investissements intérieurs. Comme Donald Trump veut baisser les impôts et augmenter les dépenses, le déficit public va augmenter, donc l’épargne nationale va diminuer. Pour que ce soit possible, il faudra emprunter de l’argent à l’étranger, donc le déficit commercial va devoir augmenter", détaillait-il.

"Le dollar va s’apprécier, ce qui rendra les Etats-Unis moins concurrentiels et affectera directement les populations dont Donald Trump dit prendre la défense", assurait-il.

"Il faut être clair: ses politiques macroéconomiques auront bien plus d’impact que sa rhétorique à l’égard de quelques entreprises, comme Carrier ou Ford, qui ont changé leurs plans. On parle de quelques centaines de jobs, qui ne changeront pas grand-chose. En revanche, la politique macroéconomique va détruire bien plus d’emplois", prévenait le prix Nobel d'Économie.

Évoquant plus particulièrement le cas du secteur automobile aux États-Unis, il assure que les constructeurs américains ne seraient "pas concurrentiels sans le Mexique". Et d'enfoncer le clou: "Tout cela, c’est de la poudre aux yeux. Si le gouvernement décidait sérieusement de rapatrier la production automobile aux États-Unis, les prix devraient augmenter, les tarifs aussi, et pas seulement à l’égard de la Chine, aussi des voitures européennes".

J.M.