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Franc CFA remplacé par l'Eco: l'Afrique est-elle aussi prête à s'émanciper de l'euro?

Le franc CFA va disparaître dans huit pays africains pour faire place à l'Eco. Si le nom change, le système monétaire reste similaire à celui en vigueur. Mais il annonce peut-être une future monnaie unique sans parité avec l'euro. Est-ce vraiment une bonne idée? Les Experts en débattent sur BFM Business.

C'est un virage historique pour l'Afrique. Samedi, le président ivoirien, Alassane Ouattara, a annoncé, aux côtés d'Emmanuel Macron, une profonde réforme du Franc CFA dans huit pays francophones du continent. D'ici 2020 ou 2021 (le calendrier n'est pas encore fixé), la monnaie historique qui signifie "franc des colonies françaises d'Afrique" va laisser sa place à l'Eco. Sept autres pays délaisseront leur monnaie nationale pour cette devise.

Concrètement, le changement est avant tout politique. Le nom change, tout d'abord, tandis que la France va se retirer des instances de gouvernance de l'Union monétaire ouest africaine (UMOA). Enfin, si Paris reste garant de la monnaie, en dernier ressort, la Banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) ne sera plus obligée de déposer la moitié de ses réserves de change auprès de la Banque de France.

Pas encore une monnaie unique

"On est dans un monde où, il y a d'un côté un fractionnement du monde avec des frontières et le Brexit, et de l'autre il y a des pays et notamment les pays africains, qui vont aller vers plus de coopération" se félicité Xavier Ragot, président de l'OFCE, sur le plateau des Experts.

Mais la mise en place de l'Eco ne signifie pas la mise en place d'une monnaie unique, stricto sensu, entre les quinze pays concernés puisque son cours dépendra de l'euro. "Ce n'est pas une monnaie unique, c'est un accord d'un système monétaire international avec un taux de change fixe avec l'euro" précise Xavier Ragot. "Mais après, quand ils auront une surface économique plus grande, ils pourront gérer leur taux de change, qui est le vrai sujet (…) C'est une première étape."

Ces pays iront-ils ensuite jusqu'à se doter d'une véritable monnaie unique? En se dissociant de l'euro, monnaie forte qui pose de sérieux problèmes de compétitivité aux entreprises africaines, ils pourraient profiter de cours plus faible par rapport aux devises des grands pays importateurs. Aujourd'hui, à chaque fois que l'euro s'apprécie, le FCFA suit le même mouvement. Ces dernières années, la vigueur de la monnaie européenne a ainsi nui aux exportations africaines.

Trop rigide?

Une véritable monnaie unique permettrait donc aux pays concernés d'avoir plus de latitude. Pour autant, elle impliquera de nouveaux problèmes.

"On doit apprendre des problèmes qu'on a eus en zone euro" prévient Philippe Martin, économiste à Science-Po, sur le plateau des Experts. "Avoir une monnaie unique, cela signifie effectivement avoir un taux de change fixe, irrémédiable, donc c'est très rigide (…) Pour un certain nombre de ces pays, il faut qu'ils puissent avoir des taux de change flottants." Résultat, les problèmes de compétitivité pourraient resurgir d'une autre manière avec des tensions économiques et politiques entre les pays. Comme en Europe… "Regardez les questions qui se sont posées entre la Grèce, l'Allemagne, la France, l'Italie et qui ont failli faire éclater l'euro" rappelle Philippe Martin.

Si une union monétaire présente "beaucoup de risques et de dangers", elle pourrait néanmoins être "un levier puissant d'autonomie" insiste Xavier Ragot. On en est, de toute façon, encore loin…

Thomas Leroy