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Droits de douane : une menace (aussi) pour l'automobile américaine

Un relèvement des droits de douane sur l'automobile importée provoquerait une hausse des coûts de fabrication, et un impact social fort, prévient un institut américain.

Un relèvement des droits de douane sur l'automobile importée provoquerait une hausse des coûts de fabrication, et un impact social fort, prévient un institut américain. - Andrew CABALLERO-REYNOLDS / AFP

Une étude révèle qu'une hausse des tarifs sur les voitures et pièces importées aux Etats-Unis pourrait causer des dégâts considérables sur l'industrie automobile américaine.

Les droits de douane : une arme à double tranchant. Si Donald Trump agite régulièrement la menace d'un relèvement drastique (25% ou 30% au maximum) des tarifs appliqués aux voitures importées sur le sol américain, c'est avant tout pour peser sur les négociations en cours, notamment entre Etats-Unis et Union Européenne, afin d'obtenir un rééquilibrage compétitif et soutenir l'industrie du pays.

Sa cible favorite restant évidemment l'automobile allemande et ses berlines haut de gamme, qui soulèvent régulièrement sa colère, face à leur abondance dans les rues des grandes villes américaines. Alors que les véhicules équivalents « Made In USA » sont délaissés. Des discussions avec le haut patronat automobile allemand il y a quelques semaines semblait avoir aplani un peu le terrain et apaisé les tensions.

Négociations complexes

Mais le vent tourne à nouveau, alors que le Ministère Américain du Commerce, dans un rapport commandé l'année dernière par Donald Trump lui-même, a statué sur la « menace contre la sécurité nationale » que constituent les importations automobiles dans le pays à leur niveau actuel. Au cœur de négociations complexes, la menace d'une forte hausse des droits de douane plane à nouveau.

Et si la crainte est légitime du côté des grands constructeurs étrangers, notamment allemands, une éventuelle décision défavorable pourrait aussi avoir un impact considérable sur l'industrie automobile américaine. Une étude du très américain Center for Automotive Research (CAR) le prouve, chiffre à l'appui.

Le « 100% Made In USA » n'existe pas

Prenant comme hypothèse le scénario maximal (une hausse de 25% des droits de douane, évoquée auparavant par les autorités américaines), le CAR estime que les conséquences sur l'emploi seraient très importantes : ainsi, 366.000 emplois seraient directement menacés sur le sol américain, soit 10 fois le plan de restructuration mis en place par General Motors.

Cela peut paraître contre-intuitif, mais le CAR rappelle qu'aucun véhicule produit par l'industrie automobile américaine ne l'est à 100%. Notamment parce qu'énormément de pièces sont importées, et constituent même de 40 à 50% de la valeur d'un véhicule. Et un relèvement des droits de douanes sur les composants et les pièces ferait grimper mécaniquement de 2.750$ le prix moyen de chaque voiture produite aux Etats-Unis.

Chute de près de 10% du marché

Ce qui obligerait chaque constructeur américain, ainsi que les nombreux constructeurs étrangers qui produisent aux Etats-Unis (BMW, Mercedes, Volkswagen), à revoir leurs priorités de production et d'investissement, provoquant des plans de restructuration drastiques. Au milieu d'un paysage rendu très incertain par plusieurs facteurs (réglementations, normes, chute du diesel, transformation vers l'électrique, Brexit...), les grandes enseignes seraient obligées de prendre des décisions tranchées face à l'incertitude.

Le CAR estime qu'en conséquence, les ventes annuelles de l'industrie automobile américaine chuteraient d'1,3 million de véhicules par an. L'équivalent d'un peu moins d'un dixième du marché.

Des chiffres qui feront sans doute réfléchir les autorités américaines, qui tentent au contraire de préserver l'industrie automobile au maximum. Une preuve de plus que les décisions protectionnistes, dans une économie mondialisée, prennent le risque de causer des dégâts bien supérieurs à ceux qu'elles tentent d'éviter.