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Inflation: l'écart s'accroît entre la France et les autres pays de l'Union européenne

En septembre, l'inflation a reculé en France alors que la moyenne dans la zone euro a sensiblement augmenté pour atteindre 10%. Un différentiel qui tient essentiellement au bouclier tarifaire sur le gaz et l'électricité et aux ristournes sur le carburant.

L’inflation a de nouveau reculé en France en septembre. Un recul qui n’était pas attendu. Le consensus des économistes tablait juste sur une stabilisation. Et ce recul, on le doit en grande partie à l’évolution des prix de l’énergie. Sur un mois, l’Insee note une baisse de presque 3%. Et sur un an, la hausse est repassée sous les 18%. C’est évidemment lié aux ristournes sur le carburant, celle de l’Etat qui est passée, provisoirement, à 30 centimes par litre, mais aussi celle de TotalEnergies (-20 centimes/litre).

Avec ce nouveau recul de l’inflation, la France se voit confortée dans sa position de pays résistant le mieux à la hausse des prix en Europe. En données harmonisée (IPCH), la hausse des prix sur douze mois dans l'Hexagone s’élevait en septembre à 6,2% alors que la moyenne européenne a atteint les 10%. Et l’écart avec certains pays, y compris nos proches voisins devient spectaculaire, comme le montre la carte ci-dessous.

Comment expliquez de telles différences? La France profite de sa politique budgétaire visant à tempérer la hausse des prix de l’énergie pour les ménages (bouclier tarifaire, ristournes sur le carburant). Un volontarisme précoce qui inspire de plus en plus d’autres pays européens, à l’instar du gouvernement allemand désormais prêt à mobiliser 200 milliards d’euros de plus dans les prochains mois pour plafonner les prix du gaz et de l’électricité.

La Belgique piégée par l'indexation des salaires sur l'inflation

La comparaison avec la situation que connait le Benelux est, de ce point de vue, très éclairante. En Belgique, les salaires sont indexés sur l’inflation. C’est le seul pays avec le Luxembourg à avoir conservé ce principe que la France a cessé d’appliquer en 1983. Et cette spécificité fait que la puissance publique s’est financièrement très peu impliqué dans la lutte contre la hausse des prix de l’énergie.

Mais en laissant les entreprises absorber quasiment seules ce choc inflationniste, le gouvernement belge se retrouve confronté à un risque majeur: la boucle prix-salaire, cette spirale infernale que chaque banquier central redoute par-dessus tout. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Et, avec ceux de septembre, le signal d’alarme est clairement tiré. L’inflation vient de passer à 12% (données IPCH), un niveau jamais vu depuis 1975.

Aux Pays-Bas, l'inflation au plus haut depuis... 1945

La situation néerlandaise est d’une autre nature. Nation de tradition très libérale, gouvernée par des partis très attachés à la discipline budgétaire, les Pays-Bas jugeaient, jusqu’à il y a peu, inopportun de mobiliser massivement de l’argent public pour lutter contre la hausse des prix de l’énergie. Sauf qu’en septembre, l’inflation a atteint un niveau que les Néerlandais n’avaient pas connu depuis 1945: +17,1% (données IPCH).

D’où la toute récente décision de la coalition au pouvoir. L’Etat néerlandais va intervenir financièrement pour imposer aux fournisseurs d’énergie un plafonnement de leur prix. Coût attendu 6 à 10 milliards d’euros, soit près de 1% du PIB du pays. De quoi faire redescendre la pression à partir de cet automne.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco