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Les actions sont-elles injustement boudées ?

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- - AFP

Aux États-Unis et dans la zone euro, la progression des indices boursiers est inférieure à celle des bénéfices par action (PER).

Depuis 1995, l’indice S&P 500 a été multiplié par plus de quatre quand le bénéfice par action a été multiplié par cinq. De son côté, l’indice européen Eurostoxx a été multiplié par deux sur la même période quand le bénéfice par action l’a été par quatre. Si aux États-Unis, l’indice S&P 500 a gagné 80 % depuis la crise de 2008, l’indice européen a, quant à lui, retrouvé à peine son niveau.

Compte tenu du contexte de taux et d’inflation, les actions auraient dû enregistrer des progressions bien plus élevées. Ainsi, depuis 2003 aux États-Unis et depuis 2005 dans la zone euro, le taux d’intérêt à long terme est inférieur (sauf dans les récessions) au taux de croissance. L’écart était de deux points au début de l’année 2019. Plus cet écart est important, moins les indices boursiers réagissent. L’année dernière, les indices ont reculé sur tous les grandes places financières malgré la faiblesse des taux d’intérêt et un taux de croissance se situant entre 1,5 % et 3 %.

Aversion croissante aux risques des investisseurs

Si le PER n’a pas suivi la baisse du taux d’intérêt à long terme par rapport au taux de croissance, la prime de risque actions a donc augmenté. Elle est de quatre points aux États-Unis et de 6 points en Europe au début de l’année 2019. Elle est nettement au-dessus de la moyenne de ces vingt-cinq dernières années (deux points aux États-Unis et quatre points en Europe).

Cette désaffection des actions est liée à l’aversion croissante aux risques des investisseurs. En outre, le marché tend à se rétrécir, ce qui n’est pas en soi très attractif. De plus en plus d’entreprises sont réticentes à se faire coter en raison des obligations à remplir. Ainsi, en 2017, 33 entreprises ont quitté la cote parisienne, pour seulement quatorze introductions en Bourse. En vingt ans, le nombre d’entreprises cotées a diminué de 20 % en Europe et de 15 % pour la France.

Par ailleurs, pour augmenter la valorisation des cours, la pratique des rachats d’actions s’est accrue, ce qui conduit à une réduction de leur nombre en circulation. Ainsi, en 2018, les entreprises du S&P 500 ont racheté pour 1 038 milliards de dollars de leurs propres actions, ce qui constitue un record historique. Le phénomène est mondial. En France, les rachats d’actions sont autorisés depuis 1998. L’année dernière, Total et la Société générale y ont eu recours comme bien d’autres. Aux États-Unis, la forte croissance des rachats en 2018, est imputable à la politique fiscale de Donald Trump qui a dopé les profits des entreprises américaines et les a incitées à rapatrier les liquidités logées à l'étranger. Selon JP Morgan, en 2019, les rachats devraient porter sur 800 milliards de dollars.

Priorité à la Haute Fréquence

Sur le moyen terme, cette politique aurait un effet négatif sur les cours des actions. Si dans un premier temps, les actions des entreprises qui procèdent à des rachats progressent plus que celles des entreprises qui n’en font pas, à moyen terme, l’avantage revient aux secondes, selon JP Morgan.

Le marché « actions » est donc de plus en plus étroit et est délaissé par les actionnaires traditionnels ainsi que les investisseurs de long terme qui se reporteraient sur le non coté.

Le marché des actions cotées ne serait plus utilisé que par les Traders à Haute Fréquence. Il en résulte un marché beaucoup plus volatile, réagissant à des données de très court terme. Cette évolution va à l’encontre des objectifs du Gouvernement d’inciter les épargnants à privilégier le segment actions.

Philippe CREVEL