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En attendant le Plan d’Epargne Retraite, les épargnants plébiscitent le livret A et le fonds euros

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- - DENIS CHARLET / AFP

Sur les huit premiers mois de 2019, 14,71 milliards d’euros ont été collectés sur le Livret A, contre 11,34 milliards d’euros sur la même période de 2018. Pour l’assurance vie, sur la même période, la collecte nette est passée de 16,5 milliards à 19,4 milliards d'euros…

À l’image du Livret A, l’assurance vie profite de l’appétence des ménages pour l’épargne liquide et garantie. En effet, pour l’assurance vie, le succès est surtout celui des fonds euros : la part de la collecte sur les fonds en unités de compte est de 24% depuis le début de l’année (elle est même descendue à 21% en août), à comparer à un taux de 28% en 2018. Malgré la hausse du cours des actions depuis le début de l’année, les ménages restent très averses aux risques et privilégient les fonds euros.

Cette situation n’est pas sans lien avec les annonces de certains assureurs concernant une possible limitation d’accès à ces fonds. La baisse des taux associée à la garantie en capital renchérit les coûts notamment en fonds propres pour les assureurs. La Banque de France et la direction du Trésor avaient déjà souligné de manière plus discrète que l’assurance vie devait évoluer et s’adapter à la nouvelle donne économique et financière.

"Supplément de revenus pour les futurs retraités"

Cette aversion aux risques des épargnants français intervient au moment où le Gouvernement lance le nouveau Plan d’Epargne Retraite (PER). Depuis le 1er octobre, ce produit prévu par la loi PACTE peut être commercialisé. Il a vocation à se substituer aux produits d’épargne retraite existants comme le PERP, le Contrat Madelin, le PERCO, l’article 83. Le PER a comme objectif de faciliter la réorientation de l’épargne des ménages vers des placements longs plutôt investis en actions. Il vise évidemment, avant tout, à fournir un supplément de revenus pour les futurs retraités.

Avec le PER, le gouvernement a souhaité harmoniser les modes de sortie. Les souscripteurs pourront plus facilement sortir en capital. Il sera même avant la liquidation des droits à la retraite possible d’effectuer un rachat afin d’afin d’acquérir sa résidence principale. Les épargnants auront la possibilité d’arbitrer entre avantage fiscal à l’entrée ou avantage fiscal à la sortie. Par ailleurs, la gestion pilotée de l’épargne investie permettra tout à la fois une ouverture plus grande aux actions et une sécurisation progressive.

Une baisse des frais de gestion ?

Les deux autres grandes caractéristiques du PER sont la portabilité. Tous les segments de l’épargne retraite (versements volontaires, épargne salariale versée sur le PER, versements dans le cadre d’un contrat obligatoire d’entreprise) seront portables. Le PER pourra être souscrit auprès de tous les professionnels de la sphère de la finance. Cette concurrence accrue est censée permettre une baisse des frais de gestion.

Le PER qui s’assimile à une enveloppe d’épargne destinée à la préparation de la retraite, ne constitue pas une révolution car il reprend les grandes lignes des produits existants. Néanmoins, il crée un cadre cohérent pour l’épargne retraite qui est amenée à se développer. En France, elle n’assure que 2,3% des revenus des retraités contre 17% en moyenne au sein de l’OCDE. Avec la baisse programmée du taux de remplacement des pensions, le recours à l’épargne retraite sera de plus en plus nécessaire pour maintenir autant que possible le niveau de vie à la retraite.

Philippe Crevel, président du Cercle de l'épargne