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Chômage, taux d'épargne... Et si 2019 était meilleure que prévu ?

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Cette semaine, les investisseurs ont voulu croire aux hirondelles et déjouer le proverbe « une hirondelle ne fait pas le printemps ».

L’écrivain tchèque Milan Kundera qui vit en France depuis le milieu des années 70 a écrit « être possédé par l'actualité, c'est être possédé par l'oubli ». Il y a quelques semaines, l’époque était au pessimisme ; l’arrivée de la récession était imminente et voilà qu’avec le printemps l’optimisme est de mise. Certains pronostiquent que la croissance en 2019 pourrait surprendre, que les Etats-Unis pourraient défier les probabilités en enchaînant une onzième année de croissance consécutive.

Cette semaine, les investisseurs ont voulu croire aux hirondelles et déjouer le proverbe « une hirondelle ne fait pas le printemps ». Le CAC 40 a signé en cette fin de semaine son plus haut de l’année. Le Dax allemand a gagné plus de 4 %. Les bourses américaines ont effacé le trou d’air intervenu au cours du 4e trimestre 2018. Le Dow Jones a progressé de près de 2 %. Les marchés ont plutôt bien réagi à la publication des bons résultats de l’emploi américain du mois de mars.

Le Bureau of Labor Statistics (BLS) a fait état de 196 000 créations d’emplois dans le secteur non agricole pour le mois de mars aux Etats-Unis, contre 177 000 anticipées par le consensus Bloomberg. Par ailleurs, le solde de février a été révisé en légère hausse à 33 000 (20 000 initialement annoncé). Les embauches ont été nombreuses dans le secteur de la santé (49 000), les services professionnelles (34 000), la restauration (27 000). Les services publics ont embauché fortement (14 000). En revanche, comme en Europe, l’emploi industriel recule (-6000). Le taux de participation à l'emploi qui avait progressé au début de l'année, s'est un peu tassé à 63% au lieu de 63,2%. Le taux de chômage s’est stabilisé à 3,8% de la population active, comme prévu, tandis que le salaire horaire moyen n’a progressé que de 0,1% sur un mois et de 3,2% sur un an, contre respectivement +0,3% et +3,4% anticipés par le marché.

La guerre commerciale s’apaise

Malgré le bon résultat du mois de mars, la tendance est à la décélération, la moyenne mensuelle étant retombée à 180 000 au premier trimestre 2019, à comparer à 223 000 en 2018. Le ralentissement de la hausse des salaires induit que la banque centrale devrait maintenir dans les prochains mois ses taux inchangés.

Le recul de l’emploi américain est à mettre en parallèle avec les mauvais indicateurs concernant la production industrielle. Or, il apparaît qu’il y a une nette déconnexion entre l’évolution des services et celle de l’industrie. Le secteur tertiaire qui représente au sein des pays avancés plus de 75 % du PIB, et plus de 55 % en Chine, continue de croître tant en emplois qu’en chiffre d’affaires. La tertiarisation des économies s’accélère du fait de la montée en puissance des classes moyennes au sein des pays émergents, du vieillissement de la population et d’une saturation de la demande industrielle. Les ventes au détail de la zone ont dépassé les anticipations avec +0,4 % en février par rapport au mois de janvier, et +2,8% par rapport à février 2018. D’autres chiffres publiés récemment pour la zone euro donnent aussi des raisons d’être confiant. Au quatrième trimestre 2018, le taux d’investissement des entreprises (formation brute de capital fixe divisée par la valeur ajoutée brute) a été de 23,7% (23,4% au troisième trimestre) et le taux des offres d’emplois a progressé à 2,3% (contre 2,1% le trimestre précédent).

Le front commercial entre la Chine et les Etats-Unis s’est éclairci un peu. Donald Trump a signifié qu’il voulait un « accord monumental ». Selon l’agence officielle Chine nouvelle (Xinhua), le président Xi Jinping a déclaré, de son côté, que des progrès substantiels ont été réalisés en vue d’un texte final. Il a appelé à une conclusion rapide des négociations, tandis que le vice-Premier ministre Liu He a souligné qu’un nouveau consensus sur le commerce était possible. Malgré tout, sur ce dossier, certains observateurs préfèrent rester prudents quant à la réalité des faits derrière les changements de pieds fréquents.

Sur le dossier du Brexit, le Gouvernement britannique tente de reporter l’échéance. Ainsi, la Première Ministre, Theresa May a écrit au Président du Conseil européen Donald Tusk pour lui demander une extension de l’Article 50 jusqu’au 30 juin, date de l’entrée en fonction du Parlement européen qui sera élu en mai. Elle justifie ce report par l’engagement de négociations avec le parti travailliste de Jeremy Corbyn en vue de trouver un compromis.

Le baril du pétrole est repassé au-dessus des 70 dollars cette semaine. Le marché pétrolier demeure mu par des forces contradictoires. Les membres de l’OPEP et la Russie appliquent leur accord de régulation de l’offre qui pourrait être reconduit au mois de juin. Plusieurs pays sont dans l’incapacité d’alimenter le marché. L’Iran et le Venezuela font l’objet d’embargos quand la Libye est encore menacée par une guerre civile. Dans le même temps, Donald Trump exhorte l’Arabie saoudite à produire plus pour empêcher le baril de s’installer durablement au-dessus des 70 dollars. Par ailleurs, les Etats-Unis battent record sur record en matière de production.

Le taux d’épargne en hausse au sein de la zone euro

Selon Eurostat, au quatrième trimestre 2018, le taux d'épargne des ménages a été de 12,3 % du revenu disponible brut dans la zone euro, contre 12,2 % au troisième trimestre. La France et l’Allemagne figurent toujours parmi les pays à fort taux d‘épargne. Si en France, les évènements des « gilets jaunes » expliquent en partie la progression du taux d’épargne, il en est autrement pour les autres pays européens. Le vieillissement de la population et le ralentissement de la croissance sont deux facteurs à prendre en compte pour comprendre l’évolution du taux d’épargne.

Le taux d'investissement des ménages, essentiellement de nature immobilière, est resté stable au dernier trimestre de l’année dernière. Il s’est élevé à 9 % du revenu disponible brut.

Philippe CREVEL