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Situation des grands groupes bancaires français: une prise de conscience s’impose!

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Illustration - ALAIN JOCARD

[AVIS D'EXPERT] Si les banques ont surmonté l'épreuve de la crise sanitaires, les tendances déjà présentes avant sont toujours là et avec la détérioration constante de leur rentabilité. Notre expert Guillaume Almeras en analyse les causes, et propose des solutions.

On ne soulignera jamais assez combien l’année 2020 aura été exceptionnelle et, quant à ses impacts économiques, étrange. Ainsi, une quasi mise à l’arrêt de l’économie mondiale aura sinistré des secteurs entiers, tout en favorisant d’incroyables enrichissements. En France, le patrimoine des 500 premières fortunes s’est accru de 30% et le nombre de milliardaires est passé de 95 à 109. Ceci, en pleine récession! Quant aux banques, pourtant directement en prise avec les évolutions économiques, leurs activités de base n’ont pratiquement pas bougé.

C’est en effet ce qu’établit la Situation des grands groupes bancaires français à fin 2020 que vient de publier l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR)

Évolution des résultats des 6 grands groupes bancaires français
Évolution des résultats des 6 grands groupes bancaires français © DR

Bien entendu, le coût du risque (largement couvert) a explosé. Mais l’activité de crédit a régulièrement progressé. Tandis que malgré les confinements et bien que de nombreux projets aient été reportés, les charges ont à peine baissé dans l’ensemble. Le coefficient d’exploitation n’a pratiquement pas évolué.

Faut-il dire que tout va plutôt bien dès lors? Que les banques ont surmonté l’épreuve de la crise sanitaire? Les banques ont fait face à la crise mais les tendances antérieures, qui conduisent à une détérioration constante de leur rentabilité, en ressortent avec vigueur.

On martèle que la faiblesse des taux explique les baisses de revenus des banques. Le tableau ci-dessus montre que cette explication ne vaut pas seule. En 2020, la marge nette d’intérêt des principaux groupes bancaires français a augmenté de 2,1%. Tandis que le total des commissions nettes baissait lui de 8,5%. Tout le problème tient à l’écart, qui n’est pas apparu sous l’effet de la crise, entre ces deux pourcentages. Car qu’indique-il? Que les banques font circuler l’argent mais ne créent plus beaucoup de richesse nouvelle pour leur propre compte.

Les banques diversifient peu leurs services

En fait, ce constat problématique est encore trop favorable. Car si les encours de crédit ont augmenté en montant l’année dernière, ce ne fut pas tellement le fait des banques. Cela aura beaucoup tenu aux concours garantis par l’Etat et à la hausse des prix immobiliers. Celle-ci augmente d’autant le montant moyen des prêts en effet et donc les encours globaux (+5,4%) mais, en 2020, le nombre de crédits immobiliers a chuté de 18,1%. Et, profitant de la baisse des taux, les renégociations de prêts ont bondi, représentant 15% des encours au premier semestre 2020 (contre 7% sur la même période en 2019).

Quant aux commissions, elles sont rognées par la banque digitale qui simplifie mais par-là même démonétise nombre de services, sans en proposer pour le moment de vraiment nouveaux, susceptibles de répondre aux attentes, aux usages émergents. Le souci particulier accordé à l’expérience client depuis quelques années a malheureusement eu tendance – soyons sévères! – à se bureaucratiser. Se contentant souvent d’accumuler des mesures de NPS sur des processus existants, à la recherche d’améliorations ponctuelles comme pour mieux éviter les bouleversements.

C’est que pour redresser leurs revenus, les banques ne pensent toujours pas tant en termes de diversification de services que de produits. Ainsi poussent-elles la vente d’assurances. Mais si la contribution de ces dernières a un peu augmenté en 2020 (+1,4%), cela tient uniquement, précise l’ACPR, à l’intégration de CNP par La Banque Postale. Hors cet effet de périmètre, la ligne de métier Assurance a enregistré l’année dernière un repli de ses revenus de 12 % pour les principaux groupes bancaires français.

Dans ces conditions, la baisse des charges traduit plutôt la faible dynamique commerciale – pour la Banque de détail en France, le PNB et les charges ont baissé concomitamment de -0,9%. Tandis que les banques françaises affichent désormais les coefficients d’exploitation les plus élevés.

Coefficient d'exploitation
Coefficient d'exploitation © DR

Nous ne sommes sans doute pas à un fond de cycle car, alors que de nouveaux acteurs s’affirment sur des segments entiers d’activité, en commençant par les paiements, quelles sont les cordes de rappel pour les banques françaises?

La difficulté tient au fait que plusieurs facteurs conduisent à éviter de poser cette question. Les encours de crédit immobilier s’accroissent? On s’en félicite et cela dispense de considérer que les prix, aussi bien que l’exigence à présent beaucoup plus stricte d’un apport personnel conséquent, sont désormais à même d’épuiser le marché (malgré les mesures d’assouplissement décidées au début de l’année).

On s’inquiète de la baisse des revenus mais, pour la contrer, on en appelle – vieille rengaine – à des consolidations entre établissements, si possibles européennes. Et l’on ne voit pas assez les nouveaux challengers qui risquent de débouler.

Et alors que l’on trouve encore de nombreux augures qui annoncent la faillite imminente (depuis quinze ans!) des banques, d’autres se félicitent prudemment – car tout n’est pas réglé - que ces dernières aient plutôt bien traversé la crise. Dans les deux cas, on manque de réaliser qu’essoufflé, le modèle économique que suivent encore les établissements financiers tiendra difficilement dix ans. Mais l’on dira sans doute que, trop exceptionnelle, l’année 2020 ne permet pas de juger.

Bref, en 2021, une prise de conscience s’impose. Au premier semestre, nous ne l’avons pas constatée. Espérons que, comme la croissance économique attendue, elle sera forte dès la rentrée.

Guillaume Alméras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor