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Le marché bancaire est-il complètement bloqué ?

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[TRIBUNE] Alors que de plus en plus de nouveaux acteurs arrivent sur le marché bancaires, les Français n'ont jamais aussi peu eu recours aux crédits... Pour Guillaume Alméras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor, les perspectives du marché " paraissent faibles et les marges de progression étroites".

Pas une semaine sans qu’on annonce le lancement d’un nouvel acteur – néo-banque, fintech, … - sur le marché bancaire. Est-ce pourtant le bon moment pour se lancer? Quelles sont les perspectives sur ce marché? Elles paraissent faibles et les marges de progression étroites si l’on consulte la dernière édition de l’Observatoire des crédits aux ménages, que publie la Fédération bancaire française. Les intentions de souscrire un crédit sont en effet en net recul, tandis que les ménages semblent plutôt satisfaits de leur situation budgétaire et financière. Voyons ce que cela recouvre d’un peu plus près.

En 2020, le taux des ménages détenant au moins un crédit a reculé à 46,5% de l’ensemble des foyers. C’est l’un des plus bas niveaux enregistré depuis 30 ans. Cela concerne surtout le crédit à la consommation et l’impact de la crise sanitaire est invoqué pour expliquer ce recul. Toutefois, comme le montre ce tableau, il s’agit d’une tendance de fond :

proportion des ménages détenant des crédits
proportion des ménages détenant des crédits © DR

Ne concernant plus que 24,9% de la population, le crédit à la consommation est à son plus bas niveau depuis la fin des années 80. Par comparaison, 31,4% des foyers portent au moins un crédit immobilier. Ce qui est mieux mais ce qui ne permet pas néanmoins de parler d’emballement (ce pourcentage était déjà le même en 2018).

Parmi les crédits immobiliers, ceux finançant des travaux sont en baisse depuis des années. Tandis que le crédit à la consommation recule surtout en matière d’achats de véhicules et de biens d’équipement. Autant dire que les Français limitent ou reportent leurs dépenses.

D’autres sondages l’ont montré, par exemple pour les loisirs. Dès lors, il convient de ne pas se trompe : c’est seulement dans la mesure où ils parviennent ainsi à se serrer la ceinture que les ménages considèrent que leur situation financière s’améliore (15,5% sont dans ce cas, contre 20% il y a vingt ans) ou se stabilise (51,9%, contre 50,7% en 2019 et 52,9% il y a vingt ans). L’impact de la crise est sans doute fort mais nous avons affaire à une tendance de plus long terme, à laquelle le crédit immobilier n’échappe pas totalement non plus, malgré des taux favorables :

le crédit immobilier
le crédit immobilier © DR

Certes, la crise n’arrange rien! Mais elle a également permis aux ménages d’épargner. C’est très important car beaucoup craignent de voir baisser leurs revenus et veulent épargner en conséquence. Le principal point de crispation à cet égard est la retraite. A cet égard, les chiffres sont astronomiques! Selon le dernier baromètre "Les Français, l’épargne et la retraite" d’Ipsos, 78% des Français sont inquiets quant à l’avenir du système de retraites. Tandis que 82% des actifs craignent de manquer de ressources lorsqu’ils arrêteront de travailler. En conséquence, 24% épargnent régulièrement pour la retraite et 37% quand ils le peuvent. Ce qui représente un véritable casse-tête quand les taux sont pratiquement à zéro. D’où l’ambivalence– entre tentation et peur, appât du gain et frustration – avec laquelle sont regardées les actuelles flambées du bitcoin et de certains titres en bourse.

Allez donc vous lancer sur le marché bancaire dans un climat pareil! Un climat dont l’un des effets, peu aperçu, est d’éliminer les concurrents des banques. En effet, ce qui précipite la chute du crédit à la consommation depuis dix ans sont la baisse de l’usage des cartes magasin et, surtout sous l’impact de la crise sanitaire, celle des crédits souscrits directement auprès des vendeurs.

crédits souscrits directement auprès des vendeur
crédits souscrits directement auprès des vendeur © DR

Au total, une défiance vis-à-vis de tout ce qui peut être source de dépenses nouvelles, cachées ou mal maitrisées s’est installée. Elle peut notamment faire regarder avec suspicion la gratuité et les tarifs très bas. C’est pourtant ce que mettent le plus en avant les nouveaux acteurs sur le marché. Qui, pour la plupart, adoptent une stratégie des plus classiques: attirer en proposant des produits à des tarifs très avantageux puis équiper ensuite progressivement les clients.

Mais proposer des produits ne peut plus suffire. Le marché est bloqué! Il faut désormais impérativement comprendre les situations de vie, les inquiétudes et repérer les tendances qui en suivent. Les attentes ne portent plus tant sur de nouveaux produits ou services, même à des conditions favorables, que sur un besoin général de sécurité, de protection, d’aide pour combattre des dépenses courantes inutiles ou trop élevées.

Peu de nouveaux acteurs semblent l’avoir réalisé mais c’est particulièrement ce qui distingue certaines néo-banques anglaises. Monzo, par exemple, qui a mis en place une option de blocage sur ses comptes vis-à-vis des dépenses de jeux, qui veut étendre cette fonction à d’autres domaines et qui demande à ce que les autorités britanniques obligent tous les établissements bancaires à faire de même (cela a peu de chance d’aboutir mais c’est un bon moyen pour se faire connaitre!). Quant à Starling elle semble même avoir anticipé ces évolutions, en ayant insisté dès sa création sur les choix et l’aide à la décision apportés aux clients. Tandis qu’elle a assez singulièrement tiré parti de la crise en introduisant une dimension de care dans l’expérience client qu’elle propose.

Deux exemples qui témoignent que le marché bancaire est sans doute moins bloqué qu’il n’a changé de configuration. Dès lors, les opportunités n’y sont pas minces. Il y a tout à faire! Mais différemment.

Guillaume Alméras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor