BFM Business

Ce que les banques américaines redoutent de la nouvelle administration Biden

Bank of America - image d'illustration

Bank of America - image d'illustration - Spencer Platt - AFP

[TRIBUNE] Les banques américaines craignent de devoir être contraintes par la nouvelle administration à se "verdir", mais aussi à mieux financer les minorités: l'analyse de Guillaume Alméras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor.

La presse américaine se fait actuellement l’écho des craintes que suscite auprès des banques la nouvelle administration Biden ou plutôt l’influence que pourrait avoir sur cette dernière le courant le plus progressiste du Parti démocrate.

Pour le moment, le banques sont particulièrement attentives aux déclarations, notamment en matière de financements "verts", de Janet Yellen, Secrétaire au Trésor et de certains membres démocrates du Congrès, comme Maxine Waters (Californie), à la tête du House Financial Services Committee ou Sherrod Brown (Ohio), Chairman du Senate Banking Committee.

De la nouvelle administration Biden, les banques américaines attendent qu’elle favorise les financements à vocation environnementale et sociale et craignent qu’elle ne les oblige en fait à s’y engager, soit à travers un système de pénalités, soit en leur imposant de revoir leurs critères de solvabilité et de tarification face aux demandes de financement. Et peut-être les deux.

Seraient alors concernés, non seulement le financement de la transition écologique mais également celui des minorités. Et ceci pour tous les types d’engagements (crédits, facilités de trésorerie) et d’emprunteurs (particuliers, petites entreprises et commerces, associations). Sont en ce sens particulièrement scrutées les nominations en cours de certains membres du Parti démocrate qui, comme Mehrsa Baradaran ou Michael Barr (soutenu par Elizabeth Warren), ont ouvertement accusé les banques d’exacerber les inégalités raciales et sociales, ainsi que d’entretenir une discrimination illégale. On attend également, du même mouvement, la reconstitution du Consumer Financial Protection Bureau, supprimé par Donald Trump, avec le même titulaire à sa tête, Rohit Chopra, que sous la Présidence Obama.

Enfin, beaucoup de fintechs se sentent elles-aussi regardées avec suspicion par la nouvelle administration et redoutent de se voir appliquer la même réglementation que les banques, ce qui leur ôterait pratiquement toute chance de les concurrencer.

La peur du "Credit Allocation"

Le paradoxe est que cette situation et ces craintes peuvent laisser croire que les banques sont farouchement opposées à de telles mesures. Or il n’en est rien ! D’ailleurs, JP Morgan, par exemple, vient juste de dégager de nouveaux fonds pour aider les minorités. Depuis plusieurs années, les banques américaines et européennes redoublent d’efforts pour se "verdir" et s’impliquer dans des causes sociétales – au point d’avoir transformé leurs rapports annuels en d’interminables litanies de bonnes actions et de saines résolutions !

Bien entendu, on peut juger que ce n’est pas assez mais ce n’est pas qu’une posture de façade. L’un des derniers actes de l’administration républicaine aura été de réglementer les engagements que les banques peuvent choisir de suivre en matière de responsabilité sociale et environnementale. Il s’agissait ainsi de les empêcher de refuser de financer des secteurs entiers, notamment celui des énergies fossiles. Et cette problématique devrait assez vite concerner l’Europe, où les autorités seront sans doute également appelées à se prononcer. En France, la filière de la défense a récemment saisi le gouvernement de la frilosité des banques à son égard.

Sur quoi reposent les craintes des banques américaines dès lors? Sur la mise en place d’une Credit Allocation. En deux mots : qu’on les oblige, d‘une manière ou d’une autre, à prêter, sans leur laisser fixer elles-mêmes les conditions de leurs engagements. Sans vraie maitrise de leurs risques donc, sur laquelle repose toute l’activité bancaire.

Il est peu probable, néanmoins, que cet argument soit entendu. Surtout s’il s’oppose à la défense de causes telles que la transition énergétique ou la lutte contre les discriminations. On dira plutôt que les banques tiennent à défendre leur pré-carré. Et que seule une réaction conservatrice et corporatiste les conduit à craindre d’excellentes mesures. Semblables à celles qui, notamment à travers le Community Reinvestment Act (1977 et son renforcement en 1997), poussèrent la mise en place et le développement du système des crédits « subprimes » !

Guillaume Alméras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor