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Avis de tempête sur la rémunération des dirigeants de grandes banques?

Le DG de Deutsche Bank, lui, a vu ses émoluments bondir de 46%, à 7,4 millions d'euros

Le DG de Deutsche Bank, lui, a vu ses émoluments bondir de 46%, à 7,4 millions d'euros - Daniel Roland / AFP

[TRIBUNE] Dans le contexte actuel, les grandes banques peuvent-celles continuer à augmenter fortement leurs patrons? La décision de Deutsche Bank d'augmenter cette année la rémunération du DG de 46% a fait grincer des dents... Pour Guillaume Alméras, les banques vont devoir innover et rompre avec "le mimétisme traditionnel du secteur".

En 2020, dans le contexte de la crise sanitaire, plusieurs dirigeants de grandes banques – comme Barclays, Crédit Suisse, Santander, … - ont significativement réduit leur rémunération. Mais le DG de Deutsche Bank, lui, a vu ses émoluments bondir de 46%, à 7,4 millions d'euros, ce qui fait actuellement grincer bien des dents à Berlin. La Deutsche Bank ayant en effet accumulé les milliards de pertes ces dernières années et n’ayant évité la faillite que grâce à des soutiens extérieurs, il semble quelque peu indécent que ses dirigeants puissent donner l’impression de s’enrichir avec la pandémie!

Il est vrai qu’après 5,7 milliards de pertes en 2019, la Deutsche Bank a pu afficher l’année dernière un résultat positif de 113 millions d'euros, tenant pour l’essentiel à des gains de trading. Mais dès lors que depuis un an les marchés ont été placés sous perfusion monétaire par les banques centrales, c’est là un pur effet d’aubaine, estiment nombre de commentateurs. C’est injuste car la direction de la Deutsche Bank s’est également montrée ferme sur les coûts. La paie de certains opérateurs des centres d’appel a ainsi pu être réduite à 12 euros de l’heure, soulignent les représentants syndicaux. La même vigueur a été de mise pour étrangler les bas salaires et augmenter (de 29%) les revenus des traders et des dirigeants. Et puis la Deutsche Bank s’est engagée à devenir plus responsable et durable…

D’autres rémunérations de dirigeants de banques ont défrayé la chronique récemment. Unicredit, par exemple, a fait savoir qu’elle ne compenserait pas les pertes de revenu de son nouveau DG par rapport à ses activités précédentes. Aujourd’hui, ce genre de largesses ne passe plus.

Or c’est apparemment la conclusion que l’on peut également tirer de la rocambolesque affaire de l’indemnité de départ que l’ancien DG de Natixis a été mis en demeure de restituer par le Conseil d’administration de l’établissement. Dans un récent communiqué, Natixis affirme avoir versé cette indemnité "par erreur". Ceci résultant "d’une discordance entre la formulation des modalités de calcul de cette indemnité, en réalité inapplicables, et l’appréciation de l’atteinte des critères retenus par le Conseil d’administration". Ce qui semble vouloir dire qu’un "parachute doré" de 2,4 millions d'euros a d’abord été versé sans trop de vérification des critères de résultat auxquels il était formellement conditionné, puis a été annulé après évaluation des critères en question.

Les banques vont devoir innover

Cela fera-t-il jurisprudence? Cela annonce-t-il que les critères de rémunération variable des dirigeants vont désormais être scrupuleusement examinés, disputés et rehaussés? La question ne peut en tous cas manquer d’être posée: sur quoi la rémunération des dirigeants des grandes banques européennes va-t-elle pouvoir être désormais assise? Particulièrement pour sa partie variable? Dès lors que les banques sont plutôt mal traitées en bourse, que leurs revenus sont sous contrainte et que les PNB baissent. Dès lors que les banques doivent se réinventer.

Les intéressements liés à des résultats de trading créés par les "hélicoptères monétaires" des banques centrales ou tenant à des diminutions des émissions de CO2 ne feront pas illusions longtemps face aux coûts de restructuration et de développement qui s’annoncent. Ainsi que dans un contexte où l’abondance de liquidités profite également à de nouveaux acteurs disposant de plus en plus de moyens leur permettant de concurrencer vraiment les banques.

En fait, il est assez à prévoir que les critères de performance puissent se focaliser sur des éléments nouveaux. Car, alors que tous les métiers bancaires sont actuellement bouleversés et que les modèles doivent être rapidement recréés, il est frappant de constater que les grandes banques évoluent toutes, à quelques variations près, pratiquement au même rythme et en proposant les mêmes innovations. Parmi les établissements de calibre international, en effet, on en compterait difficilement une dizaine qui, comme BBVA ou DBS, travaillent activement à se réinventer mais aussi et surtout à se différencier. Ainsi, dans le contexte présent, les rémunérations élevées pourraient bien exiger de plus en plus de rompre avec le mimétisme traditionnel du secteur, pour récompenser le fait de savoir créer des différences. Pour les banques européennes, une telle prime à l’innovation de rupture représenterait un changement radical.

Guillaume Alméras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor