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Pourquoi la performance n’a pas grand-chose à voir avec la volonté

Usain Bolt

Usain Bolt - AFP

Il faut s'intéresser au corps, plutôt qu'au "mental" explique notre coach Christophe Bourgois Costantini.

La publicité TV pour les barres chocolatées Kit Kat est assez significative : on y voit des personnages tenter de construire ce qui semble être une catapulte puis de…craquer. Et que font-ils ? Ils dévorent un Kit Kat bien sûr. Simple publicité ? Idée marketing loufoque ? Et bien... pas du tout, loin s'en faut.

Petit retour en arrière

La volonté est une qualité à laquelle on prête trop d’importance, que l’on pense située dans le « mental » (ce qui ne veut rien dire tant l’esprit et le corps sont imbriqués) et qui a conduit les hommes à en classer d’autres en fonction de leur aptitude à s’en servir. Comment peut-on dire, par exemple, d’un athlète qui ne performe pas qu’il n’a pas de mental ou de volonté ? Alors que très souvent, il s’est entraîné assidument, a quitté très tôt le foyer familial, a consenti des sacrifices…

Une observation simple permet de comprendre cette erreur d'analyse : les diabétiques seraient donc sans volonté puisqu’ils n’arrivent pas à dominer leur problème…

Il y a donc une propension de plus en plus nette à ne pas voir l’être humain comme un tout, avec les interactions permanentes entre cerveau et corps, mais en séparant de plus en plus le cerveau du reste. Nous sommes passés d’un anima sana in corpore sano, à savoir un esprit sain DANS un corps sain (et pas au-dessus), à Descartes et son cogito ergo sum, je pense donc je suis. En comparant avec une fusée, l’interprétation de Descartes serait un premier largage du module « tête » et nous assistons aujourd’hui au deuxième largage dans la stratosphère numérique, à savoir le dépôt de notre cerveau dans un « cloud ». « Le corps perd » comme le dit joliment le philosophe Michel Serre.

Revenons donc sur terre et essayons de comprendre comment corps et esprit interagissent dans la problématique de la volonté.

Quel est le moteur de la volonté ?

Les récentes et nombreuses études sur le métabolisme humain et ses conséquences sur le psychisme démontrent plusieurs choses :

  • La volonté et le self control ne sont pas inépuisables mais se reconstituent dans le temps (bonne nouvelle)
  • Le self control est directement lié à la consommation de glucose. Ce dernier ne va pas directement dans le cerveau. Il active des neurotransmetteurs qui métabolisent des substances qui rétablissent l’attention, qui diminue le stress.

Deux exemples : 

  • Aux Etats-Unis il vaut bien mieux être jugé entre 9h et 10h30 (soit après le petit déjeuner du juge), entre 11h et 12h (les juges américains prennent souvent des collations), puis entre 14 et 15h (après le déjeuner) et surtout pas en dehors de ces périodes. Pour des délits totalement similaires, les peines encourues peuvent varier…du simple au double !
  • Sur un échantillon de couples qui réfléchissaient à commander leur liste de mariage, ceux pour lesquels le choix prenait trop de temps (et qui ne se nourrissaient pas) abandonnaient l’exercice en finissant par acheter vite n’importe quoi. Ceux qui se nourrissaient progressivement tenaient le choc.

Choisissez les bons créneaux horaires

De manière plus globale, il existe une courbe mondiale de l’attention en fonction de l’heure de la journée et ce quel que soit le pays et les origines : de 8h du matin à 12h, nous sommes efficaces. Passé ce cap, il vaut bien mieux faire la sieste. Puis l’attention reprend en fin d’après-midi et surtout dans la soirée. C’est tellement vrai que même, à Wall Street, on ne prend plus de décisions cruciales dans l’après-midi.

Pour la petite histoire, et cela mérite tout de même d’être noté, des chercheurs ont trouvé une corrélation entre la crise espagnole et…l’arrêt de la sieste. En effet, sous la pression du marché mondial anglo-saxon, et pour éviter les sourires cyniques, l’Espagne a freiné sa politique de sieste qui faisait son originalité, un temps pendant lequel le glucose faisait son effet maximum au calme. Une forme d’intelligence du temps, partie intégrante des intelligences multiples que nous possédons.

Je vous recommande le Napuccino : vous prenez un café (la caféine met 23 minutes à faire son effet), vous vous allongez pour une courte sieste d’une vingtaine de minutes et…vous vous réveillez en pleine forme. Alors, pour nos chères élections européennes, et afin de faire le bon choix, prenez des sucres lents et allez voter dans les bons créneaux horaires !

Christophe BOURGOIS-COSTANTINI