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Euro 2016: une victoire finale de la France impacterait-elle l'économie?

Les Bleus ne sont désormais plus qu'à une marche du titre. S'ils venaient à conquérir un troisième trophée européen, le moral des Français pourrait se redresser. Mais pas assez pour avoir des effets importants sur la croissance.

Les Bleus ont donc vaincu le signe indien. Grâce à un doublé d'Antoine Griezmann, les hommes de Didier Deschamps ont terrassé l'Allemagne, ce qui ne leur était plus arrivé en grande compétition depuis 1958. Seul le Portugal se dresse désormais sur leur route avant de peut-être conquérir un troisième titre de champion d'Europe, dimanche 10 juillet.

Une victoire qui serait synonyme de liesse populaire, comme en 1998 et 2000. Leur triomphe pourrait-il dès lors dynamiser la reprise qui s'amorce dans l'Hexagone?

Les estimations néerlandaises

Ce type de question a en tout cas occupé plusieurs économistes friands de football. En 2006, ceux de la banque néerlandaise ABN Amro affirmaient ainsi dans une note baptisée Soccernomics que le vainqueur de la Coupe du monde, historiquement, repart avec "un bonus économique de 0,7% de croissance annuelle quand le perdant de la finale, lui, y perd 0,3% sur un an". Des estimations d'avant-crise qui semblent franchement élevées (0,7% correspond quasiment à l'ensemble de la croissance économique de la France pour la seule année 2013).

Quatre ans plus tard, à l'approche de la Coupe du monde 2010, l'économiste néerlandais (décidément) Jan Hommen, de la banque ING, indique alors à Bloomberg qu'une victoire des Pays-Bas pourrait redonner de la confiance aux ménages et mener ainsi à une hausse de la consommation qui représenterait entre 0,25 et 0,5% du PIB. Pas de chance, les Néerlandais échouent en finale face à l'Espagne. Impossible de vérifier cette prévision, donc.

En 2006, tous les Français se souviennent de la défaite en finale face à l'Italie. Forts de ce titre, les transalpins avaient alors enregistré une croissance de 2%, un plus haut de six ans qu'ils ne retrouveront jamais par la suite. Mais difficile de dire si la victoire en Coupe du monde y est pour quelque chose. "Pour cela il aurait fallu utiliser un modèle complexe avec énormément de relations et dont le coût, peut-être 1 million d'euros, serait évidemment plus cher que les bénéfices du résultat", fait valoir Wladimir Andreff, professeur à l'université de Paris 1, membre du centre de l'économie de la Sorbonne et spécialiste reconnu de l'économie du sport.

Impact marginal

À combien peut-on néanmoins chiffrer les retombées d'une victoire des Bleus, le 10 juillet prochain? "À peu près à zéro", répond Wladimir Andreff. "L'impact de l'accueil de l'Euro représente déjà à peine 0,01% du PIB. Alors une victoire…", poursuit l'économiste, qui rappelle au passage que l'économie du sport pèse pour 1,85% du PIB. Mais sur ce chiffre, "seulement 10% est généré par le sport professionnel", affirme-t-il.

"Il y aura peut-être un peu plus de consommation. Mais cela restera de la petite consommation", relevant de l'alimentation (boisson, repas, maillots, etc..), ajoute Wladimir Andreff. Même chose pour les entreprises. "Les sponsors ont déjà investi avant le début de la compétition. Pour ce qui est des autres sociétés, peut-être certaines vont tenter de profiter de l'événement. Mais les éventuelles dépenses de consommation ne représenteraient quasiment rien d'un point de vue macroéconomique".

"L'impact économique, si victoire il y a, a de bonnes chances d'être marginal", confirme de son côté Dorian Roucher, chef de la division synthèse conjoncturelle de l'Insee. Lui aussi estime que les conséquences sur les entreprises, dont l'investissement est en train de décoller, seraient "quasi-nulles". "Une victoire aurait probablement des effets psychologiques mais peu d'effets économiques visibles sur l'activité", complète-t-il.

Le moral des ménages

Comme dit auparavant, une victoire dans une grande compétition joue principalement sur le moral des ménages. En 1998, après le sacre des Bleus d'Aimé Jacquet, une hausse de 4 points de l'indice de confiance des ménages, construit par l'Insee, avait été observée entre juin et juillet, de 109 à 113 points. L'effet était moins net après la victoire à l'Euro 2000, avec une hausse de 1 point (de 121 à 122 entre juin et juillet). "La confiance des ménages était à un niveau très haut et avait ainsi atteint un plateau", commente Dorian Roucher.

Pour ce qui est de 1998, l'économiste de l'Insee replace cette hausse dans le contexte de l'époque. "Le moral des ménages dépend d'abord et avant tout de la situation de l'emploi; et en 1998 il y avait eu une amélioration continue qui correspondait à une reprise très forte de la consommation. Celle-ci augmentait plus que le pouvoir d'achat, ce qui signifie que les ménages puisaient dans leur épargne. Mais on ne peut pas mettre cela sur le dos de la Coupe du Monde", analyse-t-il.

Dorian Roucher voit toutefois une "analogie possible avec 1998", dans la mesure où là encore, l'emploi et la conjoncture repartent en cette année 2016. Les ménages pourraient donc consommer plus et réduire légèrement leur épargne dite "de précaution", celle qui est censée les mettre à l'abri en cas de coup dur. Mais la cause principale est donc à aller chercher du côté de l'embellie de l'emploi. De plus, ce phénomène devrait être de faible ampleur. "Les Français ont un comportement d'épargne assez prudent, ils consomment généralement l'argent qu'ils ont", rappelle Dorian Roucher.

Un effet sur la Bourse?

Les Français peuvent-ils être pris d'une telle joie au point d'abandonner largement cette prudence? "Cela ne s'est jamais vu", sourit l'économiste de l'Insee. Et une victoire des Bleus ne va pas pousser les ménages à investir en acquérant un logement, chose qui relève d'une décision de long terme.

Si l'économie risque donc d'être insensible à une victoire finale de Pogba et des autres, il n'en sera peut-être pas de même pour la Bourse. Goldman Sachs estimait en 2014 que le pays vainqueur d'une Coupe du Monde voyait son indice boursier phare surperformer le marché de 3,5% sur un mois. Mais ensuite tout s'effondrait et, finalement, un an après la victoire, il sous-performait de 4%. Les investisseurs sont donc prévenus.