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Vivendi: le maigre bilan de Bolloré critiqué

L'industriel breton espère avoir les mains plus libres après l'assemblée générale du 17 avril

L'industriel breton espère avoir les mains plus libres après l'assemblée générale du 17 avril - BFM Business

Vincent Bolloré, à la tête de Vivendi depuis mi-2014, attend d'avoir les coudées franches avant d'accélérer. En attendant, le bilan est maigre, et certains investisseurs s'impatientent...

Le 17 avril se tient l'assemblée générale de Vivendi. A cette occasion deux proches de Vincent Bolloré (Dominique Delport et Tarak Ben Ammar) vont remplacer deux proches de Jean-René Fourtou (Henri Lachmann et Pierre Rodocanachi).

Juste auparavant, l'industriel breton vient de doubler sa participation dans Vivendi, passant de 5% à 10%.

Tout ceci devrait permettre à Vincent Bolloré d'avoir désormais les coudées plus franches, et de passer à la vitesse supérieure en termes d'acquisitions, et peut être aussi de management. En effet, à l'exception du directeur financier Hervé Philippe venu d'Havas, la direction générale de Vivendi reste composée d'hommes nommés par son prédécesseur Jean-René Fourtou: Arnaud de Puyfontaine, Stéphane Roussel, Frédéric Crépin et Simon Gillham.

Papy Fourtou fait de la résistance

Jusqu'à présent, le nouveau président du conseil de surveillance de Vivendi, bien qu'il ait consacré énormément de temps à ce nouveau poste, a été contraint par divers facteurs.

D'abord, Jean-René Fourtou, au lieu de prendre une retraite bien méritée, a gardé un bureau au siège avenue de Friedland, et continue à donner son avis régulièrement.

Ensuite, la direction générale de Vivendi est encore et toujours en conflit de pouvoir avec Bertrand Meheut, le patron de Canal Plus.

Enfin, Vincent Bolloré, qui a demandé aux différentes filiales du groupe de développer des synergies entre elles, estimerait que Universal Music ne joue pas encore assez collectif.

Interrogé, Vivendi se refuse à tout commentaire sur ces "bruits de couloir sans absolument aucun fondement" (sic).

Maigre bilan

Mais toutes ces raisons expliqueraient le maigre bilan des neuf premiers mois de Vincent Bolloré à la tête de Vivendi. Un court bilan agité par un financier américain Peter Schoenfeld et son fonds PSAM pour contester la stratégie du groupe. 

Les acquisitions? Rien n'a été acheté, malgré les 10 milliards de trésor de guerre. L'hebdomadaire l'Express a même été soufflé à Vivendi pour une bouchée de pain par Patrick Drahi, qui n'a pourtant pas la réputation de surpayer ses acquisitions. "Vincent Bolloré a une stratégie de long terme, et aucun dossier intéressant ne s'est présenté", rétorque un soutien du breton.

Le cours de bourse? Selon Peter Schoenfeld, l'action a sous performé au cours de l'année passée (avec un rendement de 14%), étant à peine capable de suivre le CAC 40 (rendement de 15%), et à la traîne par rapport à l'index Euro Stoxx 600 Media (rendement de 31%).

"Rome ne s'est pas faite en un jour"

La stratégie? Elle reste assez floue. Et la lecture du rapport annuel n'apporte que de vagues indications (cf. ci-dessous). Peter Schoenfeld regrette l'absence de "plan détaillé d'allocation" du trésor de guerre, et "les vagues indications sur les plans d'acquisitions". 

Le financier américain, dans son argumentaire, reprend même quelques phrases cruelles d'analystes financiers. Ainsi, Jefferies écrit: "Vivendi argue que 'Rome ne s'est pas faite en un jour', mais les actionnaires ne savent pas ce qui est fait". Ou Bernstein: "beaucoup d'investisseurs actuels ne veulent pas attendre plusieurs années avant de voir leur investissement fructifier. Vivendi pourrait s'avérer un excellent investissement pour nos enfants et nos petits-enfants, mais beaucoup d'entre nous ont besoin d'un rendement plus rapide que cela".

Ultime hérésie, Peter Schoenfeld se demande même à quoi sert la holding Vivendi, "un vestige du vieux Vivendi"...

Quand Vivendi essaye de définir sa stratégie

"La holding d'hier gérant des participations financières dans différentes activités fait place aujourd'hui à un groupe industriel intégré dans les médias et contenus.

L'ambition est de devenir le champion européen de demain dans les médias et les contenus.

Ce travail repose repose sur: une organisation simplifiée; une priorité à la croissance organique; le maintien d’une discipline financière stricte; une coopération accrue et des partenariats étroits entre nos métiers.

L'objectif est de révéler la valeur 'cachée' des activités du groupe et développer des projets communs

Les objectifs 2015:
*renforcer notre présence sur les marchés en forte croissance: Afrique, Asie et Amérique du Sud
*accélérer la transition numérique de nos métiers, via de nouveaux modèles de consommation et de distribution
*agir massivement en faveur de la détection et de l’accompagnement des talents. Vivendi vient de lancer le projet 'Vivendi Talents', qui trouvera une déclinaison concrète avec l’ouverture d’un lieu emblématique au siège de Vivendi, qui permettra à des talents de s’exprimer, de présenter leurs projets et de rencontrer des experts.

Quatre chantiers sont prioritaires: contenus du futur, data et monétisation, Afrique, coopération et projets.

Au final, le levier numérique comme le levier géographique constitueront deux démultiplicateurs de croissance pour tous les métiers de Vivendi".

Source : rapport annuel 2014

Jamal Henni