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Travailleurs saisonniers : «On a travaillé 24 jours d’affilée»

Deux travailleurs portugais accusent des viticulteurs de l’Aude de les avoir fait travailler tout l'hiver, de novembre 2012 à avril 2013, « sauf les jours de pluie », pour 700 € par mois.

Deux travailleurs portugais accusent des viticulteurs de l’Aude de les avoir fait travailler tout l'hiver, de novembre 2012 à avril 2013, « sauf les jours de pluie », pour 700 € par mois. - -

Dans les vignes des Corbières, des saisonniers portugais se rebiffent contre leurs conditions de travail. Un métier difficile qui ne leur aurait été payé que 700 euros par mois.

Deux travailleurs portugais accusent des viticulteurs de l’Aude de les avoir fait travailler tout l'hiver, de novembre 2012 à avril 2013, « sauf les jours de pluie », pour 700 € par mois. Pendant ces longs mois, ils étaient entassés à douze dans une petite maison : une douche pour tout le monde et du travail plus de 10 heures par jour, mais pas de fiche de paie et encore moins le montant du salaire qui va avec. Ces saisonniers viennent de saisir la justice pour faire valoir leurs droits face à ces viticulteurs. L'affaire passera aux prud'hommes jeudi 24 octobre. D’après la CGT, le phénomène touche également les secteurs du bâtiment, de l’hôtellerie et des travaux agricoles.

« On était 12 dans une maison, pas bien nourris »

Felipe a 36 ans. Il est venu en France dans l’idée de s’y installer. Il a travaillé dans la vigne de novembre 2012 à avril 2013 et ses conditions de travail ont été déplorables, comme il l’explique sur RMC : « On était 12 dans une maison avec une seule salle de bain. On ne pouvait se doucher que tous les deux jours. On n’était pas bien nourris. On mangeait des sardines avec du pain. C’est une chose que l’on mange quand on a une petite faim, pas quand il faut travailler. S’il y avait un jour de pluie, il fallait le rattraper. On a travaillé 24 jours d’affilée pour récupérer les jours qu’on avant perdus. Et puis on a aussi déjà travaillé presque un mois entier sans s’arrêter. Ils voulaient nous mettre des règles pour rentrer le soir. Ils nous disaient : "vous rentrez avant minuit, sinon vous dormez dehors". On se sent mal… »

« Je travaille et je veux des fiches de paye »

Carla, elle, était femme à tout faire dans cette maison, elle s’occupait du ménage, de la cuisine et gardait des enfants du couple de rabatteur en même temps. Et les journées étaient particulièrement longues. « On travaillait 12h, 13h, 14h par jour parfois, explique Carla. J’ai été deux mois ou presque sans avoir de jours de congés. Je me sens très mal car je veux travailler comme tout le monde. Comme nous sommes portugais, il abuse de nous. Comme il n’y a pas de travail au Portugal, il profite de ça. Je travaille et je veux des fiches de paye à la fin du mois. C’est pour cela qu’on est aux prud’hommes, pour qu’il nous paye nos heures travaillées ».

T de Dieuleveult avec J. Zeghoudi