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Zodiac prêt à renoncer à son mariage avec Safran

L’équipementier aéronautique ne se vendra pas à n’importe quel prix. Il s’organise pour rester indépendant et cherche des dirigeants pour remplacer le président du directoire.

Zodiac n’est pas acculé. C’est le message très clair que l’équipementier aéronautique envoie ces derniers jours à Safran, avec qui il discute d’un rapprochement depuis mi-janvier. Vendredi, les résultats semestriels, dont la publication a déjà été reportée d’une semaine, seront décisifs. Ils seront sans aucun doute mauvais, compte tenu des annonces du mois dernier.

Mi-mars, Zodiac a lancé une dixième alerte successive sur ses résultats, qui a jeté un froid sur les négociations entre les deux groupes. Safran a d’ores et déjà annoncé qu’il formulerait une nouvelle offre prenant en compte la baisse des marges attendues par Zodiac. Elle sera donc inévitablement plus basse que les 10 milliards d’euros proposés en début d’année. Safran attend ces résultats de pied ferme avant d’envisager une nouvelle offre d’ici mi-mai.

Les dirigeants de Zodiac n’entendent pas pour autant brader l’entreprise. Toujours très sourcilleux de leurs intérêts patrimoniaux, les actionnaires envisagent de rejeter cette nouvelle offre si son prix était, à leurs yeux, trop faible. "Zodiac n’est pas acculé, assure un proche du groupe malgré les multiples déconvenues depuis deux ans. Si Safran ne fait pas une offre sérieuse, nous la refuserons". Un argument de bonne guerre dans une négociation pour inciter l’assaillant à ne pas proposer un vil prix.

Le président Olivier Zarrouati partira

Mais au-delà du discours de façade, les familles propriétaires de 29% de Zodiac réfléchissent à un "plan B" pour rester indépendant. Ils s’organisent pour préparer la suite qui passe par le changement de direction. Selon plusieurs sources, le conseil d’administration a déjà officieusement décidé de remplacer le président du directoire, Olivier Zarrouati. La recherche d’un futur dirigeant, pour restructurer l’entreprise et repartir de l’avant, a été lancée. Dans le cas d’un rachat par Safran, son avenir dans le nouveau groupe semble aussi scellé.

Une liste de trois candidats aurait été dressée pour se tenir prêt en cas d’échec du mariage avec Safran. Parmi eux, le nom de Philippe Guillemot, ancien numéro deux d’Alcatel, est cité. Celui de Marwan Lahoud, ancien directeur de la stratégie d’Airbus parti il y a deux mois, circule même si ce dernier dément avoir été approché. Un dirigeant de Valeo, autre que le PDG Jacques Aschenbroich, serait aussi en lice. Selon nos informations, Zodiac a également informé ses banques de ses possibles intentions. Dans le cas d’une poursuite de l’aventure seule, l’entreprise aurait besoin de trois années pour se redresser. Une renégociation de ses 1,3 milliard d’euros de dette sera alors nécessaire.

Officiellement, les deux camps continuent de dire qu’ils restent attachés au rapprochement. "À un prix sérieux, estime-t-on dans l'entourage de Zodiac, car les problèmes de retard de livraisons sont gérables". "Pas à n’importe quel prix, répond-on du côté de Safran. Ce n’est pas notre faute si on en est là". Mais la tension reste très forte entre les deux groupes. Une ambiance électrique dont la moindre anicroche risquerait de faire exploser le projet de mariage entre Safran et Zodiac.

Matthieu Pechberty