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« Véhicules propres » : la vraie solution pour l’automobile ?

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Le plan pour l’automobile présenté mardi prévoit le renforcement du bonus écologique. Une façon d’encourager les véhicules « verts ». Mais certains estiment que la mesure ne résoudra pas le problème du secteur automobile.

Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, a présenté ce mardi son plan de soutien à la filière automobile. Il prévoit notamment le renforcement du bonus écologique et l’achat par l’Etat de véhicules électriques ou hybrides. Le bonus a été augmenté de 2 000 euros : tout achat d'une voiture électrique neuve sera aidé de 7 000 euros (contre 5 000 auparavant), et de 4 000 euros pour une hybride (dans la limite de 10% du prix de vente). L'achat de voitures à moteur essence ou diesel émettant peu de CO² sera aussi encouragé. Le malus sur les voitures les plus polluantes sera doublé à partir de l'an prochain.

« Les véhicules hybrides vont monter en puissance »

Une annonce qui réjouit certains écologistes. « Le gouvernement a raison de penser que l’avenir de l’automobile est écologique, explique François de Rugy, député EELV de Loire-Atlantique. Il faut marier écologie, économie et automobile. Aujourd’hui, les véhicules écologiques et hybrides sont une petite part du marché. Nous pensons que les véhicules hybrides peuvent monter en puissance très fortement. L’augmentation des prix du pétrole conduit forcément à réorienter progressivement le marché automobile, l’achat des voitures vers des véhicules hybrides et électriques. »

« L’avenir du véhicule électrique est très compromis »

Les véhicules « propres » n’ont pourtant pas vraiment la cote en France, ils représentent à peine 1% des voitures neuves vendues au premier trimestre 2012. Et certains professionnels ne croient pas vraiment à cette mesure. « Le marché n’existe pas, donc ça ne va pas créer d’emploi ni aujourd’hui, ni demain, affirme Claude Fournisse, concessionnaire en Normandie et membre de la direction nationale de la branche concessionnaire du CNPA (Conseil national des professions de l’automobile). Le véhicule électrique représente 1% des ventes et dans ces 1% de ventes, 80% sont faites aux administrations - conseil général, conseil régional -. L’avenir du véhicule électrique est très compromis, il n’est pas près de se développer au public. Il coûte très cher même s’il y a cette prime, c’est à peu près 1/3 de plus qu’un véhicule normal. L’autonomie est très faible et on voit bien que les particuliers ne sont pas du tout intéressés par les véhicules électriques. »

« On n'aborde pas le vrai problème »

Le député EELV de Gironde, Noël Mamère, lui, estime que le soutien aux véhicules propres n’apporte pas vraiment de solution. « On n’aborde pas le vrai problème. Les dispositions que vient de prendre le gouvernement concernent 1,2% du parc automobile, s’inquiète-t-il. (…) Aujourd’hui, ceux qui sont les plus dépendants de la voiture ce ne sont pas des gens qui circulent en voiture électrique ou hybride, ceux sont des gens qui sont dépendants de voitures qui sont de vieilles guimbardes et qui vont payer le malus. »

« Un problème de compétitivité »

Marc Touati, économiste du cabinet de conseil ACDEFI, lui, remet complètement en cause les mesures présentées par Arnaud Montebourg. Selon lui, le plan ne règle pas le problème de fond. « Le problème du secteur automobile est un problème de compétitivité de nos entreprises, juge-t-il. Pour améliorer cette compétitivité, il y a trois solutions. Il faut d’abord réduire la pression fiscale sur les entreprises. Il faut ensuite réduire les charges qui pèsent sur le travail qui sont beaucoup trop lourdes. Enfin, il faut permettre de flexibiliser davantage le temps de travail, c’est-à-dire que pour des entreprises qui souhaitent travailler davantage que 35 heures et pourquoi pas 40 heures, il faut le permettre sans pénalités. Cela ne veut pas dire qu’il faut augmenter le temps de travail, chacun doit faire ce qu’il veut. »

La Rédaction, avec V.Joanin et C.Bourgneuf