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Transports

TGV : la concurrence étrangère arrive

En 2019, les TGV devront céder la place à la concurrence étrangère sur certaines lignes.

En 2019, les TGV devront céder la place à la concurrence étrangère sur certaines lignes. - -

C'est dans un mois que sera dévoilé le projet européen d'ouverture à la concurrence des lignes ferroviaires à grande vitesse. L'arrivée de concurrents au TGV devrait entraîner une baisse des prix profitable aux voyageurs, mais les syndicats craignent une baisse de la sécurité.

Voyager dans des TGV allemands ou italiens en France : ce devrait bientôt être possible. Dans 6 ans, en 2019, Bruxelles veut ouvrir à la concurrence les lignes à grande vitesse dans tous les pays d'Europe. En clair, ça veut dire que des trains étrangers pourraient circuler entre toutes les villes de France, en plus des TGV de la SNCF. Ce projet européen sera dévoilé à la fin du mois et devrait être soumis aux votes des députés en 2014.

Une baisse significative des prix ?

Cette loi aurait plusieurs conséquences pour le voyageur. Côté bonne nouvelle, un choix plus grand : à la gare, à côté du guichet estampillé SNCF, le voyageur pourra choisir également celui de la Deutsche Bahn, la compagnie ferroviaire allemande, ou de Trenitalia, les chemins de fer italiens. Il sera également possible de voyager à bord de nouveaux trains à grande vitesse, comme l'ICE allemand, qui peut rouler jusqu'à 320 km/h.
La fin du monopole de la SNCF et l’arrivée de nouveaux concurrents entraînera surtout une baisse des prix. La SNCF n’a d’ailleurs pas attendu l’ouverture à la concurrence des rails français pour élargir son offre avec la mise en place, dès le 1er avril prochain, de trains low cost, avec des places à moins de 25 euros.

Des gains de productivité au détriment de la sécurité ?

Voilà pour le positif. Mais cette ouverture à la concurrence pose des questions. D’abord, Réseaux Ferré de France (RFF), le gestionnaire des voies, jouera-t-il le jeu ? Car c’est lui qui sera chargé d’attribuer les lignes aux différentes compagnies. RFF ne va-t-il pas privilégier la SNCF, opérateur historique, en lui attribuant les lignes les plus rentables, comme le Paris-Lyon.
Ensuite, qu’en sera-t-il de la sécurité ? C’est la grosse inquiétude des syndicats. Sur RMC, Laurent Goutorbe, délégué régional CFDT cheminots en Rhône-Alpes avoue craindre des dysfonctionnements : « Sur le matériel, on peut avoir une SNCF qui garde des critères très stricts, donc coûteux. Mais avec des concurrents qui disent : là il y a peut-être matière à gagner 5 à 6% de productivité et on fait l'impasse sur telle ou telle opération. Effectivement, dans 6 mois ou un an ça ne se verra pas. Mais arrivera tôt ou tard un jour où les pièces défectueuses lâcheront, et là c'est la catastrophe. Les Anglais en ont fait la triste expérience : si on laisse vieillir un réseau dans le temps, ce n’est pas une, mais des catastrophes qu'on comptabilise, et des catastrophes lourdes. Généralement les catastrophes arrivent vite quand on décide de rogner sur des opérations de maintenance essentielles ».

Philippe Gril avec Gwenaël Windrestin