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Soupçons autour d'un cartel des constructeurs automobiles allemands

Volkswagen, Daimler, BMW, Audi et Porsche auraient formé un vaste cartel depuis plus de 20 ans, se concertant notamment sur les émissions polluantes des voitures diesel.

Les constructeurs automobiles allemands Volkswagen, Audi, Porsche, BMW et Daimler auraient formé un cartel depuis les années 1990, se concertant notamment sur la réduction des émissions polluantes des voitures diesel, affirme le magazine allemand Der Spiegel.

"L'industrie automobile allemande s'est concertée depuis les années 1990 dans des groupes de travail secrets sur la technique utilisée dans les voitures, les coûts, les sous-traitants, les marchés, les stratégies et aussi sur la diminution des émissions polluantes de leurs véhicules diesel", écrit-il.

Le Spiegel dit tirer cette information "d'un document écrit que le groupe Volkswagen a adressé aux autorités de la concurrence" en juillet 2016, comme "une sorte d'auto-dénonciation". Daimler aussi se serait dénoncé, affirme l'hebdomadaire.

Selon le courrier cité par le Spiegel, à la fois Volkswagen, Audi et Porsche, mais aussi BMW et Daimler auraient participé à ces réunions. Volkswagen évoquerait "un soupçon" que cela ait abouti à "des comportements enfreignant le droit de la concurrence".

Contacté par l'AFP, le groupe Volkswagen (marques Volkswagen, Audi et Porsche) n'a fait aucun commentaire, de même que Daimler, fabricant des Mercedes-Benz, et BMW.

Dans une réponse écrite, un porte-parole de l'Office allemand anti-cartels a pour sa part indiqué qu'il ne donnait "par principe pas d'informations sur les procédures en cours".

Il a toutefois rappelé un fait connu: en juin 2016, l'autorité allemande de la concurrence a conduit des perquisitions dans six entreprises en Allemagne soupçonnées d'entente sur les prix d'achat de l'acier.

De nombreuses rencontres entre les constructeurs

Interrogés à l'époque par l'AFP, Volkswagen, BMW et Daimler ainsi que Bosch, plus grand équipementier automobile mondial, avaient admis avoir été perquisitionnés.

"La présomption d'innocence prévaut" jusqu'à la fin des investigations, a également souligné l'Office anti-cartels.

Le vaste cartel évoqué par l'article du Spiegel dépasse ce soupçon d'entente sur les prix de l'acier. Le magazine rapporte en effet que quelque soixante groupes de travail, ayant rassemblé plus de 200 salariés, se seraient penchés sur tous les domaines du développement de la voiture, les moteurs diesel et essence, les freins, l'embrayage et la transmission et auraient discuté du choix des sous-traitants et des prix.

Depuis 2006, les constructeurs se seraient rencontrés de nombreuses fois pour déterminer la taille des réservoirs d'Adblue, un additif qui permet de réduire les émissions polluantes d'oxyde d'azote.

De gros réservoirs se révélant plus chers, les groupes auraient opté de concert pour de petits réservoirs, ne contenant pas assez de liquide pour réduire de manière suffisante les gaz polluants émis.

Un scandale qui pourrait coûter cher

"Si cela s'avère vrai, cela coûtera des dizaines de milliards d'euros à l'ensemble des constructeurs concernés, et au moins quelques milliards d'euros à chacun d'entre eux", a indiqué Frank Schwope, expert de la banque allemande Nord/LB, interrogé par l'AFP.

Une crainte partagée par les investisseurs de la Bourse de Francfort, où les actions des constructeurs étaient délaissées depuis les révélations du Spiegel vendredi. Vers 15h45, l'action Volkswagen perdait 2,29% à 134,60 euros, celle de Daimler 3,96% à 60,10 euros et celle de BMW 3,10% à 78,67 euros.

Y.D. avec AFP