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SNCF: Pourquoi le fret va envenimer les relations entre gouvernement et cheminots

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Le gouvernement a annoncé lundi son intention de filialiser le fret. Un sujet sensible qui a tout pour crisper un peu plus des cheminots déjà massivement opposés à sa réforme ferroviaire. Explications.

La nouvelle initiative du gouvernement vis-à-vis de la SNCF risque bien de jeter de l'huile sur le feu de la contestation syndicale. Déjà engagé dans un bras de fer avec les syndicats de cheminots sur sa réforme du ferroviaire qui touche à des sujets qu'ils qualifient d'inacceptables, l'exécutif vient de se prononcer sur un autre sujet ultra-sensible qui a tout pour les braquer encore davantage: la filialisation du fret ferroviaire.

Les syndicats questionnaient la direction sur ce sujet, dont ils disent avoir été informés via des fuites, depuis octobre 2017. Mais Guillaume Pepy démentait, ont indiqué des représentants de Sud et de la CGT. Finalement lundi, Édouard Philippe a annoncé son projet de faire du fret une filiale à la structure juridique indépendante, sur le modèle des 1200 filiales que détient déjà le tentaculaire groupe public ferroviaire dans 120 pays. Sa naissance, confirmée quelques heures plus tard par la direction de la compagnie, interviendra en 2020.

Pourquoi le sujet est-il si explosif?

Aussitôt, la CGT Cheminot a publié un communiqué désignant comme une "nouvelle provocation" cette annonce. Pourquoi ce sujet est-il si explosif? Il y a les craintes que cette filialisation, même si le gouvernement promet que le capital sera détenu par la SNCF, mène à une privatisation. Il y a le sujet de l'avenir des 6000 cheminots du fret. "Le déroulement de leurs carrières et leur organisation du travail vont être renégociés", préviennent le gouvernement et la direction de la SNCF.

Autre point de crispation majeur: le fret a été ouvert à la concurrence en 2005, "exactement comme le gouvernement envisage aujourd'hui de le faire avec le transport de voyageurs", indique la CGT.

Or la direction de la SNCF reconnaît elle-même que la libéralisation du fret n'a pas enrayé la baisse du transport de marchandises. Alain Picard, le patron de SNCF Logistics, indique que la SNCF transportait 77 milliards de tonnes par kilomètres en 1974, des niveaux tombés à 40 milliards en 2008 et 32 milliards aujourd'hui. Ces chiffres concernent tout le marché du fret ferroviaire, qu'il soit opéré par la SNCF ou les transporteurs privés.

Bataille de chiffres

La CGT donne d'autres chiffres: 50 milliards de tonnes de marchandises par kilomètre en 2008, contre moins de la moitié dix ans plus tard, à 20 milliards de tonnes.

Cet insuccès, Alain Picard l'impute "au trop grand nombre de salariés, de locomotives, de gares de triages, alors que les volumes à transporter baissaient". Les syndicats, eux, évoquent les lourds investissements indispensables dans le ferroviaire qui ne sont pas compatibles avec l'exigence de rentabilité pour faire face à la concurrence.

À l'arrivée, le fret SNCF a accumulé en dix ans une dette de 4,5 milliards d'euros, qui coûte plus de 170 millions d'euros d'intérêts par an. Une dette que l'État s'engage à faire renflouer par la SNCF au moment de la filialisation.

N.G. avec AFP