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Ryanair: une semaine de turbulences

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- - PASCAL PAVANI / AFP

La semaine a été agitée: entre droit du travail et bagage cabine payant.

Chaque semaine ou presque maintenant, Ryanair est rattrapée par les libertés que la compagnie a prises tant avec le droit du travail européen qu'avec sa politique commerciale très agressive, tout cela au nom d'un billet toujours moins cher et de la possibilité offerte au plus grand nombre possible de voyager en avion, ce qui reste le crédo indéfectible du fondateur Michael O'Leary. 

Mais cette fois-ci les choses deviennent vraiment sérieuses. Les ministres européens du Travail mettent la pression sur la compagnie aérienne. Cinq d'entre eux, les ministres allemand, belge, luxembourgeois, italien et néerlandais, appellent Ryanair à appliquer le droit du travail des pays où il opère et où sont basés ses salariés, sous peine de s'exposer à des risques juridiques. Ils demandent à la compagnie de trouver une solution de façon urgente. La France et l'Espagne n'ont pas signé cette lettre adressée au patron de Ryanair, mais préviennent toutefois que «la compagnie et ses sous-traitants s'exposent à des risques juridiques en n'appliquant pas les lois locales du droit du travail».

Une initiative qui satisfait les syndicats. «C'est la première fois qu'il y a une initiative par les autorités compétentes de 5 pays. Avant tout le monde se renvoyait la balle», se félicite Didier Lebbe de la CNE-CSC, syndicat belge impliqué dans les négociations avec Ryanair. Un accord de principe a pourtant été conclu en Belgique avec les syndicats pour appliquer le droit local. Mais le ministre belge de l'Economie et de l'Emploi, Kris Peeters, explique qu'il fait maintenant preuve de solidarité avec d'autres pays en insistant d'une même voix sur l'application du droit du travail local dans chaque pays de l'ensemble européen.

fièvre sociale

La fièvre monte depuis près d'un an chez Ryanair, touchée ces dernières semaines par un mouvement social historique. Conséquence: depuis juillet, le titre a perdu près de 18% à la bourse de Dublin. Les syndicats réclament de meilleures conditions de travail, mais aussi et surtout, l'emploi de chaque salarié via un contrat relevant de son pays de résidence. Actuellement, la compagnie emploie une bonne partie de son personnel via des contrats de droit irlandais. Une pratique avantageuse pour la compagnie qui lui a valu un rappel à l'ordre de la Commissaire Européenne aux Affaires Sociales, Marianne Thyssen, en septembre dernier

Depuis, Ryanair s'est en effet engagée à signer des conventions collectives avec un syndicat belge en vue d'appliquer le droit du travail local à ses salariés d'ici le 31 janvier. La signature d'accords avec d'autres syndicats de pilotes au Portugal, au Royaume-Uni, en Italie et en Espagne est également intervenue. La compagnie low-cost assure qu'elle continue de négocier avec les salariés et leurs syndicats en Europe.

Ryanair est également dans le viseur de la justice néerlandaise pour une toute autre raison. Un tribunal a bloqué cette semaine le projet de fermeture de la base de la compagnie à l'aéroport d'Eindhoven. Ryanair avait annoncé le mois dernier son intention de fermer le site, ce qui entraînerait le transfert de 16 pilotes vers d'autres aéroports à l'étranger, dans le but de faire des économies. Un motif jugé insuffisant par la justice néerlandaise. Elle soupçonne la compagnie de vouloir agir en représailles à la participation des pilotes néerlandais aux grèves organisées ces derniers mois à l'échelle européenne.

Nouvelle politique de bagage cabine payant

La compagnie doit également faire face à la polémique suscitée par la mise en place d'une mesure de «bagage cabine payant». Depuis jeudi, la compagnie fait payer à ses passagers les bagages cabine de moins de 10kg. Fini donc la gratuité pour votre petite valise glissée dans le coffre au dessus de votre siège. Les passagers doivent désormais s'acquitter de 6 euros à la réservation, 8 euros s'ils veulent souscrire à ce service après la réservation du billet. Sur place, c'est 10 euros. Et seuls les 95 premiers inscrits pourront les emmener avec eux en cabine. Les petites valises des autres passagers seront envoyées directement en soute. Seuls les sacs à main et les petits sacs à dos restent gratuits. Objectif avancé par la compagnie: réduire les délais à l'embarquement et ainsi éviter les retards.

La démarche de Michael O'Leary est toujours la même depuis le début, refuser la mutualisation des services entre les passagers: pourquoi intégrer le prix d'un café dans un billet d'avion si la moitié des passagers n'en veulent pas ? Pourquoi ralentir l'embarquement avec des bagages cabine si la moitié des passagers n'en emportent pas? Ce sujet est d'ailleurs particulièrement crucial, la vitesse de rotation des avions est en effet la clé du modèle low-cost. 

Ryanair n'est pas la seule compagnie aérienne a avoir pris cette décision. La compagnie hongroise WizzAir applique la même mesure depuis jeudi. Résultat, les associations de consommateurs italiennes sont montées au créneau et ont saisi l'Antitrust, autorité garante de la concurrence en Italie. Cette dernière a finalement décidé de manière conservatoire, la suspension de cette nouvelle politique de bagage cabine payant des deux compagnies. Elle estime que cette nouvelle tarification «fournit une fausse représentation du prix réel du billet et nuit à la comparaison des tarifs avec les autres compagnies». Ryanair a déjà annoncé son intention de faire appel de cette décision.

Ryanair est la première compagnie aérienne en Europe en termes de passagers transportés. Et elle poursuit son développement en France. Ses avions devraient atterrir prochainement à Bordeaux et à Marseille. Les 2 bases devraient ouvrir d'ici l'été 2019 avec 2 Boeing 737. A la clé, 120 emplois directs. Et Ryanair ne compte pas en rester là. D'ici à deux ans, la compagnie entend baser dans l'Hexagone une trentaine d'avions afin de doubler son trafic en France d'ici à 4 ans pour atteindre 20 millions de passagers. Il y a gros à parier que son fondateur continuera à jouer sur les marges de la réglementation, le moteur de sa croissance depuis 30 ans

Sandrine Serais