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Quand « la route devient un défouloir social »

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Insultes, queues de poisson, altercations qui virent au drame... la conduite rend certains conducteurs agressifs. Enquête à l'appui, un spécialiste explique pourquoi et comment « le volant rend fou ».

Sur la N10 dans les Yvelines, dans la nuit de samedi à dimanche dernier, un jeune homme de 22 ans a été fauché par une voiture à la suite d’une altercation avec un autre automobiliste. Il est sorti du coma et est indemne. Il y a quelques semaines, une autre altercation sur l’A13 finissait en drame.
La route devient-elle le défouloir de notre société ? Oui, affirme Jean-Marc Antoine Bailet, docteur en psychologie du conducteur, qui dévoile dans Le volant rend-il fou ? (éditions Archipel), les résultats d'une enquête, fruit de 6 années de travail et de 350 heures d'entretiens auprès de dizaines d'automobilistes. Au micro de Guillaume Cahour ce mardi, il est revenu sur ses conclusions : « On est très pressé dans la vie de tous les jours, au travail, avec parfois des difficultés personnelles chez soi, et quand on est sur la route dans son véhicule, c’est la grande évasion, la liberté et on se permet toutes sortes de fantaisies. »

« 5% de fous furieux, qui veulent à tout prix passer »

Grommellement, insultes, gestes menaçants, obscènes, voire règlement de comptes… le volant pousse des personnes respectables à devenir agressives. Soulignant que la conduite agressive a déjà fait 2 morts en région parisienne, Jean-Marc Antoine Bailet détaille les comportements dangereux de certains conducteurs : « on colle aux autres véhicules ou on fait des queues de poissons… c’est le même phénomène, une bande de fous furieux, peu nombreux – peut-être 5 ou 6% – mais ils veulent à tout prix passer, montrer qu’ils sont là, qu’ils occupent l’espace social routier. […] ça se termine souvent par la petite poussette, on essaie de faire peur à l’autre en collant son véhicule. Et parfois on s’arrête et on vient régler ses comptes avec l’autre conducteur. Et ça donne les incidents qu’on connaît ».

« Le conducteur agressif méprise le code de la route »

Bousculant les a priori sur les comportements au volant, il précise qu’un homme seul s’emporte plus rapidement, « la femme étant l’élément modérateur et les enfants, les "juges de paix" à l’arrière ». Quant au profil-type du conducteur agressif : « Il méprise le code de la route : au-delà de 4 ans de pratique de la conduite, on se fait son propre code de la route perso. On prend les panneaux de signalisation des dangers pour une simple information et on passe à la vitesse que l’on juge utile, ou on respecte ou pas le stop en fonction des conditions de circulation ; on fait n’importe quoi ! […] En particulier quand on est sur un gros deux-roues motorisés, où c’est extrêmement difficile de rester dans la vitesse légale et on se permet donc toutes sortes de fantaisies quand on pilote sa moto. »

« La sagesse au volant… à 42 ans »

Alors, comment ne pas devenir fou au volant ? En étant sage et donc respectueux à en croire ce spécialiste : « La sagesse au volant – c’est-à-dire le respect de soi, des autres et du code de la route –, on l’atteint en moyenne très tard, à 42 ans. J’ai fait un traitement très fin des personnalités routières et je me suis aperçu que finalement on avait tort de critiquer toute cette jeunesse au volant parce qu’ils ont parfois une conduite imprudente. Car c’est très long pour "fabriquer une belle personnalité routière". Mais on a encore des "voyous de la route" à 50 ans et à 30 ans on peut avoir des belles personnalités routières, parce que l’intéressé respectait ses parents, ses profs, son patron… et quand il est au volant, il a la même stratégie. »

La Rédaction