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Quand Etihad joue sur la fibre patriotique des Italiens

Au centre de l'image, James Hogan ( à gauche) serre la main à Luca Cordero di Montezemolo, président d'Alitalia.

Au centre de l'image, James Hogan ( à gauche) serre la main à Luca Cordero di Montezemolo, président d'Alitalia. - Andreas Solaro- AFP

Répondant aux attaques contre les compagnies du golfe, le PDG de la compagnie aérienne d’Abu Dhabi s’est engagé ce lundi à faire d’Alitalia "une compagnie aérienne qui contribue à l'Italie" critiquant implicitement ses concurrents européens.

Le PDG d’Etihad sait les Italiens sensibles aux arguments patriotiques. Et quoi de mieux pour défendre ses intérêts que de faire vibrer cette corde. De passage à Rimini, James Hogan s’est montré particulièrement offensif contre ceux qui critiquent les engagements capitalistiques de son groupe dans les compagnies aériennes européennes en difficulté, au premier rang desquelles Alitalia dans laquelle le troisième acteur du Golfe a injecté 560 millions d’euros. "Nous avons investi dans Alitalia avec l'engagement clair que nous allions l'aider à devenir une marque mondiale de premier choix, ainsi qu'une compagnie aérienne et une entreprise qui contribue à l'Italie", a-t-il expliqué lors d'un meeting organisé ce 24 août dans la ville d'Emilie-Romagne.

James Hogan est allé encore plus loin laissant clairement entendre que sans cette "bouée de sauvetage" les concurrents européens de la compagnie italienne s’en seraient donné à coeur joie : "Une Alitalia forte est essentielle pour l'Italie. Sans Alitalia, les connexions vers, au départ et en Italie seraient très diminuées et laissées à d'autres qui n'auraient pas le même engagement vis à vis de l'Italie ou des Italiens", a insisté l'Australien.

"L'aviation est une industrie mondiale, et non pas locale"

Des propos qui se veulent une réponse sans ambage aux critiques dont Etihad fait l’objet. Et notamment celles de Lufthansa. Quelques mois avant de quitter la direction de Lufthansa, Christoph Franz avait ouvertement critiqué le sauvetage d’Alitalia par Etihad. "Nous rejetons les subventions récurrentes et la partielle re-nationalisation de compagnie européennes. Que ce soient de la part d’états européens, d’états ou de compagnies détenues par l’état de pays hors de l’Union Européenne", affirmait-il en février 2014. Et, depuis cette date, même s’il a changé de commandant de bord, le géant allemand a gardé sur la question la même opinion.

Un avis plus tranché que celui d’Air France-KLM, toujours lié avec Etihad par un partenariat commercial. De fait Lufthansa est davantage dans le viseur puisque la compagnie d’Abu Dhabi cherche à aspirer la clientèle allemande en coordonnant les vols d’Alitalia et d’Air Berlin, la deuxième compagnie aérienne d’Allemagne dont elle est aussi le principal actionnaire.

C’est à cette aune qu’il faut interpréter la dernière sortie de James Hogan. Un PDG qui appelle les acteurs européens à se montrer plus ouverts et plus coopératifs : "L'aviation est une industrie mondiale, et non pas locale. Comme beaucoup d'autres industries, l'aviation devrait avoir accès à des fonds d'investissements mondiaux afin de fournir le capital nécessaire pour se développer efficacement et rester compétitifs". Avis aux amateurs.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco