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Prix des billets : les transporteurs européens trichent-ils ?

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Saisie par une eurodéputée, la Commission européenne pourrait ouvrir une enquête sur la pratique du traçage IP par les transporteurs européens. Si toutefois la Commission la juge illégale.

C'est ce qu'on appelle lever un lièvre. Dans son blog SOS conso, la journaliste du Monde Rafaele Rivais, révélait le 24 janvier dernier, une pratique appelée IP tracking, et qui consiste pour un transporteur, compagnie aérienne ou de train, à tracer l'adresse IP d'un consommateur, de manière à faire évoluer le prix du billet.

Un internaute à la recherche d'un billet d’avion se connecte sur le site d’une compagnie. Il étudie les prix, compare, se renseigne et se déconnecte. L'opérateur enregistre la recherche de l'internaute et l'associe à son adresse IP. Lorsque celui-ci se reconnecte sur le site, un peu plus tard, stupeur, le prix du billet a grimpé. L'opérateur a ajusté le prix à l'intérêt de l'acheteur potentiel... qui se hâte alors d’acheter, de peur que les prix ne continuent de flamber.

Rafaele Rivais a interrogé des représentants de la SNCF et d'Air France, qui assurent ne pas recourir au traçage IP.

Le traçage IP est-il légal ?

A Bruxelles, la député européenne Françoise Castex, en réaction au billet de la journaliste et alertée par des associations de consommateurs - l’UFC Que Choisir consacre un article à cette pratique, intitulé Voyages en ligne, on vous suit à la trace - a dès le 28 janvier demandé à la Commission européenne d'ouvrir une enquête. Elle a ainsi adressé une question prioritaire à trois Commissaires. Le tracking IP pose en effet à la fois un problème de protection des données personnelles, de politique de la concurrence et de protection des consommateurs.

La député, indique son collaborateur Raphaël Delarue, pose ainsi trois questions : le traçage IP est-il "légal au regard du droit de l'union européenne ?", "la Commission peut-elle diligenter une enquête sur le sujet ?" et, s'il s'avère que c'est contraire au droit de l'Union européenne, "qu'a-t-elle prévu de faire pour mettre fin à cette pratique ?".

Françoise Castex estime sur son site que : "si de tels faits sont avérés, la Commission européenne doit les faire cesser immédiatement !".

"Faire du bruit médiatique"

Difficile cependant de faire la différence entre l’IP tracking et le "yield management" tout à fait légal, qu’évoque également Rafaële Rivais sur son blog. Les prix augmentent au fil du remplissage d’un train d’où d’un avion, ce qui ne surprend aucun internaute. Moins il reste de places et plus elles sont chères. Le moyen le plus simple, pour savoir si l'on est victime d'IP tracking, c'est de tenter l'opération depuis un autre ordinateur, avec une connexion distincte pour comparer le prix proposé.

En outre, Raphaël Delarue précise que, selon plusieurs sources, le traçage IP serait peut-être légal. Auquel cas, la députée François Castex, très choquée par cette pratique compte bien "faire du bruit médiatique pour forcer la Commission à proposer un texte". La Commission européenne doit rendre un avis d'ici trois semaines à un mois.