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Pourquoi le trafic des trains reste perturbé en dehors des jours de grève?

Les voyageurs s'étonnent de l'absence de trains les jours suivant ceux de grève de la SNCF. Ces arrêts de travail intermittents désorganisent la logistique et la maintenance des trains avant chaque retour à la normale, obligeant la SNCF à annuler ou à réaffecter certains trains.

Comme prévu, la SNCF peine à faire circuler tous ses trains durant les trois jours de retour à la normale, qui encadrent chaque période de deux jours d'arrêts de travail des cheminots. Après une deuxième séquence de deux jours de grève, le 7 et 8 avril, la SNCF avait prévu une "reprise progressive" du trafic. Les lignes régionales (Transilien et TER) et Intercités ont été perturbées. En moyenne, 4 TER sur 5 et 3 Intercités sur 5 étaient en circulation le mardi 10 avril.

Ces chiffres démontrent que la grève intermittente imaginée par les syndicats désorganise la circulation des trains, tout en réduisant les retenues de salaires (par rapport à une grève continue) pour les cheminots. 

La grève pèse sur l'entretien technique des trains

Cette désorganisation, Guillaume Pepy l'avait anticipée. Évoquant les conséquences de la grève à venir, le président de la SNCF mettait en garde: "Ses modalités vont créer beaucoup de difficultés. Trois jours après la reprise du trafic, une nouvelle séquence de grève démarrera. Cela va désorganiser complètement la production. Exemple: si l'entretien technique d'un train ne peut être fait à cause de la grève, il ne pourra plus rouler. Et nous finirons par manquer de matériel", expliquait-il au JDD, le 2 avril 2018, veille du début du mouvement social.

Pour chaque période de deux journées, la grève commence la veille au soir à 19 heures et s’achève le lendemain à 7h55 du matin, ce qui touche de nombreux voyages prévus la veille et le lendemain. Des conducteurs choisissent de reprendre très tôt le jour de reprise du travail pour assurer les premiers trains, mais d'autres restent en grève jusqu'à la fin. 

Un train n'ayant pas roulé 48 heures va en maintenance

Mais ce sont surtout la logistique et la maintenance nécessaires des trains en amont, avant qu'ils puissent prendre leur départ, qui sont pénalisées. Après chaque séquence de grève, les trains sollicités ou pas pour assurer le plan de transport d'urgence, sont souvent dispersés un peu partout sur les lignes. Pour préparer le retour à la normale, la SNCF doit les ré-acheminer à leur gare de départ prévue pour assurer le transport des voyageurs. Les cheminots eux-mêmes doivent aussi arriver à leur gare de départ prévue, ce qui n'est pas toujours possible en temps et en heure,... à cause de la grève qui a eu lieu la veille de la reprise du travail.

Ensuite, la SNCF doit appliquer des règles strictes de sécurité à ces trains. Quand un train n'a pas roulé pendant 48 heures, il doit faire un passage obligatoire dans les centres d'entretien et de maintenance. Ces opérations sont lentes et conduisent la SNCF à annuler jusqu'à 10% des trains les jours de reprise du trafic, selon France Info.

Le risque majeur pour l'entreprise publique serait que ces séquences répétées de grève et de retour à la normale finissent par engorger l'entretien des trains alors que le taux de grévistes chez les agents indispensables à leur circulation reste très élevé. "Avec 18 séquences de grève programmées, vous n'imaginez pas le travail colossal qui attend les cheminots qui ne sont pas en grève", prévenait à l'avance Guillaume Pepy dans le JDD, avant que ne débute le mouvement social des cheminots.

Frédéric Bergé