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Pourquoi le choix du prochain PDG de Nissan sera déterminant pour l'avenir de l'Alliance avec Renault

Le conseil d'administration du constructeur japonais pourrait annoncer ce mardi le nom du successeur de Hiroto Saikawa, poussé vers la sortie dans la droite ligne de l'affaire Ghosn. Mais le choix du prochain patron tourne à la guerre de factions.

Le constructeur japonais Nissan va-t-il enfin sortir la tête de l'eau ? Ce mardi, le conseil d'administration du groupe se réunit et espère bien accoucher d'un nom, celui du nouveau PDG, qui prendra la suite de l'ex-directeur général Hiroto Saikawa.

Mais la procédure est périlleuse tant les différentes parties ont du mal à se mettre d'accord. Les rancœurs sont tenaces entre les Japonais de chez Nissan et Français de chez Renault, lequel possède 43,4% du groupe nippon. L'enjeu est donc de trouver un dirigeant qui satisfasse les deux camps.

Evincer le lanceur d'alerte

Mais dans un premier temps, les deux parties vont devoir régler le sort d'Hari Nada. À l'instar de Hiroto Saikawa, qui avait enfoncé Carlos Ghosn lors de son arrestation - avant de finalement être poussé vers la sortie pour les mêmes accusations, le vice-président en charge des affaires juridiques est dans l'œil du cyclone.

C'est lui qui avait joué les lanceurs d'alertes pour faire tomber Carlos Ghosn. Sauf qu'avant de révéler les montages douteux, il avait largement participé à leur élaboration, sous les ordres de Greg Kelly, l'ex-bras droit de Carlos Ghosn chez Nissan. Si Hari Nada ne fait l'objet d'aucune poursuites, son maintien dans un groupe qui veut faire table rases des ennuis judiciaires semble improbable. Renault et Nissan semblent, tous les deux, convaincus de l'intérêt de son départ.

Un poste, trois profils

L'autre grande question concerne donc la nomination du nouveau directeur général de Nissan. Cette fois, difficile de trouver un accord. Selon le Financial Times et les Echos, trois profils se dégagent.

Le premier s'appelle Ashwani Gupta. Cet indien est le numéro 2 chez Mitsubishi Motors, le troisième membre de l'Alliance automobile. Son atout principal est son profil : il est passé par Renault, parle plusieurs langues et, surtout, il s'est occupé des achats de pièces communes pour les deux constructeurs Renault et Mitsubishi. En clair, c'est un rouage sérieux de l'Alliance, qui a pleinement pris parti pour les synergies entre les alliés. De cette façon, il en en phase avec Renault qui veut continuer de développer la coopération entre les marques.

L'épouvantail Jun Seki

Face à lui, un nom bien plus Nissan-compatible : Jun Seki, ancien patron de Nissan pour la Chine et désormais chargé de l’amélioration de la performance de Nissan. C'est le scénario du pire pour les Français. Dans la lignée de Hiroto Saikawa, il est réputé pour son "nationalisme" et son attachement à un Nissan très japonais, plutôt que mondialisé. En revanche, il a démontré toutes ses qualités en Chine où ses excellentes performances en font un des favoris au poste.

Enfin, le troisième candidat est Makoto Uchida, qui a pris la suite de Seki en Chine. A 53 ans, il représente la "nouvelle" génération chez Nissan. S'il est aussi un pur produit de Nissan et plutôt fidèle aux valeurs traditionnelles, il a aussi une bonne expérience de l'Alliance. En ce sens, il pourrait peut-être être le compromis entre les deux camps même si son nom semble s'éloigner depuis quelques semaines.

Une chose est sûre : le nom qui sortira du chapeau sera aussi politique et donnera une idée de ce que le Conseil d'administration veut pour l'avenir du groupe. Ashwani Gupta ? Nissan choisit l'alliance. Jun Seki ? Nissan s'en éloigne. Makoto Uchida ? Difficile de connaitre ses intentions. Début de réponse ce mardi.

Thomas Leroy