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Portiques de sécurité: protège-t-on les gares comme des aéroports?

Au-delà de l’aspect technique, c’est l’efficacité du dispositif qui pose question. À l’inverse des grands aéroports, les gares sont des lieux de va-et-vient où se mêlent voyageurs et aux heures de pointe, des milliers de banlieusards.

Au-delà de l’aspect technique, c’est l’efficacité du dispositif qui pose question. À l’inverse des grands aéroports, les gares sont des lieux de va-et-vient où se mêlent voyageurs et aux heures de pointe, des milliers de banlieusards. - Philippe Huguen - AFP

Pour sécuriser les gares, la SNCF étudie l'idée d'installer des portiques comme dans les aéroports ou des portillons comme dans le métro. Ségolène Royal voudrait aller vite, la SNCF reste prudente.

Pour l’État, l’enjeu prioritaire est désormais de protéger le pays. Et, dans ce cadre, la protection des gares est une priorité. Pas seulement depuis le 13 novembre, mais depuis l’attaque du Thalys en août dernier. L’idée d’installer des portiques de sécurité, comme dans les aéroports, a été évoquée dès ce moment.

Avec les derniers attentats, le sujet est relancé par Ségolène Royal, ministre de tutelle des transports, qui propose d’installer ces portiques pour contrôler l’accès aux TGV nationaux ou internationaux. Un groupe de travail a été créé par la SNCF à la demande de Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, et d'Alain Vidalies, le secrétaire d’État aux Transports.

Il est chargé d’étudier la faisabilité du projet et de remettre un rapport début 2016. Le groupe examine l’installation des portiques sans toutefois se limiter à ce dispositif. Selon un porte-parole de la SNCF, l'équipe étudie également "l'ensemble des technologies disponibles en intégrant la problématique de gestion des flux", a confirmé un porte-parole de la SNCF.

Se limiter au TGV nationaux et internationaux?

Au-delà de l’aspect technologique, c’est l’efficacité du dispositif qui pose question. À l’inverse des grands aéroports, les gares sont des lieux de va-et-vient permanent où se mêlent les voyageurs sur les grandes lignes et aux heures de pointe, des milliers de banlieusards. Un trafic lourd à gérer comme le signalent les responsables de la SNCF. Et cela, même si Ségolène Royal précise qu’il s’agit d’équiper les gares de TGV nationaux et internationaux.

Le contrôle des trains de banlieue et des TER n’est pas envisagé par la ministre. Et concernant les trains régionaux et Intercités, Ségolène Royal a estimé qu'il fallait réfléchir à l'installation ou non de portillons, comme il en existe dans le métro parisien. "Puisque ça se fait sur le métro, il n'y a aucune raison que ça ne se fasse pas sur les trains Intercités".

Et, à ceux qui estiment que le flux de passagers est trop dense pour que ces mesures soient vraiment efficaces, la ministre répond que le "volume de voyageurs (sur ces lignes) est à peu près équivalent au volume de voyageurs dans les aéroports". Il y a en France 3029 gares (Monaco inclus) dont 230 gares TGV, soit 2,2 milliards de passagers. Et ce chiffre ne comprend pas les trains de banlieue et les TER qui génèrent à eux seuls un trafic vingt fois supérieur à celui des aéroports, selon le groupe d’experts de la SNCF.

Le déploiement devra être "quasi immédiat"

Le problème devient encore plus complexe pour l’emplacement de ces portiques. Dans les aéroports, ils sont installés avant la zone d’embarquement. Où les installer dans les gares où les accès, notamment dans les grandes villes, sont nombreux? Devant les quais? À l’entrée de la gare? Et à chaque fois, la crainte de files d’attente interminables qui pourraient avoir des conséquences difficiles à maîtriser.

Avant de se lancer dans les appels d’offres, la SNCF veut en savoir plus. Elle lancera des tests "grandeur nature" dès le début 2016 "dans une gare parisienne". Comme le précise l’AFP, le rapport contiendra aussi des recommandations sur le personnel qui doit se trouver à côté des portiques. Une fois la décision prise, le déploiement devra être "très rapide", "quasi immédiat", assure Ségolène Royal.

Avant de se lancer dans la phase opérationnelle, la SNCF voudrait "solliciter ses homologues des pays dans lesquels roule le Thalys (Belgique, Pays-Bas et Allemagne, ndlr) afin d'étudier la mise en place de portiques". Quant aux tests qui doivent se dérouler, elle assure que pour l’instant, "le système testé" n’a pas encore été choisi. Ni même quelle gare parisienne sera sélectionnée.

Des portillons, comme dans le métro

En attendant, les spécialistes du secteur ferroviaire ont de sérieux doutes sur l’installation des portiques. Sur son blog "Le Hérisson du rail", Bernard Aubin, secrétaire général de la FiRST (Fédération indépendante du Rail et des Syndicats des Transports) émet de sérieux doutes. Pour lui, c’est un chantier presque impossible à mettre en œuvre. "Dans de nombreuses gares, les accès TGV, TER ou Transilien ne sont pas différenciés. Retour à la case départ: si des restrictions ou des contrôles d’accès doivent être mis en place, ils devront l’être pratiquement partout, et pour tous les trains !"

Et les portillons? "Depuis combien de temps cette brave dame n’a-t-elle plus pris le métro? Ces portes existent bien, mais n’ont pas été généralisées, loin de là. Et elles ne constituent pas un obstacle infranchissable pour les resquilleurs un peu sportifs. Alors pour des terroristes…"

L'Assemblée nationale devait démarrer le 24 novembre l'examen de la proposition de loi contre le terrorisme et contre la fraude dans les transports publics, mais a annoncé mardi son report à une date non déterminée, afin d'être reprise dans un projet de loi "global".

"Il n'est pas du ressort de la loi d'envisager ou de décider d'équiper nos gares en portiques de filtrage des personnes et des bagages, ce qui supposerait de révolutionner les usages du train en équipant nos gares de salles d'attente et en instaurant des délais inhabituels et inadaptés à ces modes de transport, d'embarquement et de correspondances", a réagi à l’Assemblée Nationale le député PS Gilles Savary, à l'origine du projet de loi.

Pascal Samama, avec agences