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Péages autoroutiers : la grande escroquerie ?

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Une enquête de l’Expansion révèle les pratiques tarifaires des concessionnaires d’autoroutes, qui font flamber les prix des tronçons les plus fréquentés.

Tous égaux devant le péage ? Pas vraiment. Le magazine l'Expansion (sorti hier dans les kiosques) publie un article qui risque de faire grand bruit car il révèle l'opacité pratiquée par les concessionnaires de péages autoroutiers. En effet, Sur deux tronçons d'autoroute, le prix du péage au kilomètre peut être multiplié par 5. Par exemple, si vous empruntez le tronçon de l'A64N entre Chapitre et Muret Nord, vous payerez 22,9 centimes d'euro de frais de péage au kilomètre, contre 6,8 centimes au kilomètre sur le tronçon Nîmes Ouest-Arles sur l'A54, qui est pourtant loin d'être le moins cher.

Des autoroutes largement amorties
A l'origine, les péages autoroutiers devaient servir à rentabiliser les investissements consentis pour construire les autoroutes. Mais aujourd'hui, Pascal Pennec, rédacteur en chef adjoint à Auto Plus, explique que « ces portions d'autoroutes sont largement amorties depuis longtemps. Il n'est plus nécessaire d'augmenter les tarifs des péages, il serait même tout à fait justifié que les tarifs soient réduits. Est-on dans une mission de service public ou pas ? C'est toute la question, car la route est un bien public ». De plus, face à l'argument de l'entretien mis en avant par certaines sociétés autoroutières, Pascal Pennec précise que « l'entretien représente une part infime dans une recette de péage ».

Quelles sont les pratiques des sociétés de péage ?

Des sociétés plus que rentables : Marc Michaux en menant son enquête s'est heurté à de nombreux refus de la part des sociétés de péages qui pour la plupart n'ont pas voulu lui communiquer l'excédent brut d'exploitation, d'autres ont dit carrément ignoré ce chiffre, le journaliste a donc du s'appuyer sur les bilans de l'année 2006 pour le taux de rentabilité. Il est à noter que ce taux de rentabilité est un record pour des entreprises d'autoroutes, les sociétés Alis, Cofiroute ou encore les Autoroutes du Sud de la France obtenant des taux de de plus de 60%.

La technique du foisonnement
Le journaliste de l'Expansion a donc voulu, par cette enquête, révéler ces politiques tarifaires opaques. En effet, il précise que « les tronçons où il y a le plus de trafic autoroutier sont les plus chers, ce qui permet de donner un coup de pouce à leurs résultats tout en respectant ce que leur demande l'Etat ». Le journaliste s'est appuyé sur les conclusions de la Cour des Comptes rendues publiques en début d'année et qui ont mis en lumière cette fameuse technique dite du « foisonnement ». A l'époque, en février dernier donc, les concessionnaires d'autoroutes avaient justifié le montant des péages en disant respecter le cahier des charges mais que le système des prix était inhérent au système tel qu'il avait été conçu avant même la privatisation. Chaque société possède en fait sa propre méthode de calcul des péages, ce qui complique un peu plus la compréhension des prix par les automobilistes.

En clair, l'Etat fixe un taux global d'augmentation pour chaque société, qui choisit ensuite d'augmenter plus ou moins certains tronçons. Pour Marc Michaux, « ces pratiques ne sont pas hors-la-loi mais plus que douteuses. Les usagers ne sont pas bien sûr pas au courant car ils n'ont aucun moyen de comparer et les grilles tarifaires sont d'une complexité énorme ».

L'Etat a donc décidé de taper du point sur la table et de renégocier la loi tarifaire. L'Expansion nous apprend en effet que le secrétaire d'Etat aux Transports, Dominique Bussereau, va recevoir tous les présidents des sociétés d'autoroutes d'ici à la mi-juillet.

La rédaction-Bourdin & Co