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Nouvelle écotaxe: que vont devenir les portiques?

Un portique coûte entre 600.000 et 1 million d'euros, son démontage 130.000 euros.

Un portique coûte entre 600.000 et 1 million d'euros, son démontage 130.000 euros. - -

Le gouvernement a réformé l'écotaxe, mais la technologie pour la collecter reste la même. De nombreux tracés ayant disparu du réseau taxé, certains portiques ne servent plus à rien. Justement, le gouvernement veut leur trouver un autre usage.

L'écotaxe devient "péage transit poids lourds". Le gouvernement a confirmé lundi 22 mai une modification du périmètre de cette taxe, dont les recettes doivent financer les nouvelles infrastructures. Suspendu depuis six mois, ce prélèvement va donc renaître le 1er janvier 2015.

Principale modification: l'étendue du réseau taxé, qui passe de 15.000 kilomètres de routes à 3.800, avec des prévisions de recettes qui diminuent en proportion. Du coup, une grande part des dispositifs techniques utilisés pour la collecte, en particulier les fameux portiques, deviennent obsolètes. A quoi vont-ils servir? BFMBusiness.com fait le point.

> Combien de portiques devenus inutiles?

171 portiques ont effectivement été installés sur les axes routiers nationaux. "Ceux situés sur les axes maintenus seront bien utilisés", confirme une source gouvernementale. Mais près d'une moitié figure désormais hors du réseau taxé.

Sur les 22 régions métropolitaines, une douzaine initialement jonchée de portiques ne compte plus désormais que quelques petits bouts de tronçon (voir carte ci-dessous). En Bretagne par exemple, la région où il y en a le plus (hors l'Île-de-France), cela concerne la majeure partie des 14 "points de contrôle fixe". Comme les 11 des routes rhône-alpines.

Selon les informations de BFMBusiness.com, ces 12 régions comptent 84 portiques. Nous n'avons pas obtenu l'emplacement précis de ces portiques, qui nous aurait permis de situer exactement ceux qui figurent hors des routes soumises au "péage transit poids lourds". Mais considérant que, dans les 10 autres régions, des tronçons ont également été supprimés, on peut déduire qu'environ 80 portiques sont hors des tronçons de la nouvelle écotaxe.

> Les portiques étaient-ils indispensables ?

Selon le rapport parlementaire sur le contrat entre la société prestataire du dispositif, Ecomouv', et l'Etat, chaque portique a coûté entre 600.000 et 1 million d'euros. Et ce "alors qu'ils ne sont en rien indispensables au fonctionnement d'un dispositif fondé sur une géolocalisation satellitaire", estime l'auteur du rapport.

Techniquement, les portiques ne servent pas directement à collecter l'écotaxe. Ils permettent de "déterminer les caractéristiques du véhicule, lire sa plaque", et surtout de s'assurer que les poids lourds soumis au péage disposent bien de leur boîtier GPS. C'est cet "équipement électronique embarqué", qui enregistre le trajet du camion, et donc la somme dont il est redevable.

> Comment les rendre utiles de nouveau?

Le coût du démontage d'un portique serait d'environ 130.000 euros selon Europe 1. La radio a pu chiffrer ces frais après l'incendie de l'un d'eux en Bretagne. Démanteler ces équipements nécessite notamment de louer une grue et un entrepôt où déposer les morceaux de carcasse. S'il fallait retirer tous les portiques, il en coûterait un peu plus de 20 millions d'euros.

Ce n'est donc pas du tout l'option retenue par le gouvernement. Il envisage au contraire de les recycler. Car ces outils sont des "merveilles de technologie" adaptables à toutes sortes d'usages, selon le député UMP Francis Grignon, ingénieur de formation qui les a étudié dans le cadre de l'enquête parlementaire sur le contrat Ecomouv'.

Selon notre source gouvernementale, des consultations avec les collectivités concernées par des portiques superflus vont se tenir pour voir si elles veulent les utiliser à d'autres fins: "pour réguler la circulation en cas de pics de pollution, pour fournir de l'info trafic, etc.". Sur ces questions, contrairement au calendrier du péage transit poids lourds, l'exécutif "compte prendre son temps".


Légende carte: en rouge, les régions où la part de routes taxées s'est réduite à peau de chagrin, en bleu, les régions qui hébèrgent encore de nombreuses routes soumises au péage transit poids-lourds (réalisation Joseph Sotinel)

Nina Godart