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Les doutes sur l'espionnage chez Renault provoquent l'embarras

Les doutes exprimés par la direction de Renault sur ses propres accusations d'espionnage contre trois de ses cadres pose la question d'éventuelles responsabilités, y compris au sein du gouvernement. /Photo prise le 11 janvier 2011/REUTERS/Jacky Naegelen

Les doutes exprimés par la direction de Renault sur ses propres accusations d'espionnage contre trois de ses cadres pose la question d'éventuelles responsabilités, y compris au sein du gouvernement. /Photo prise le 11 janvier 2011/REUTERS/Jacky Naegelen - -

PARIS (Reuters) - Les doutes exprimés par la direction de Renault sur ses propres accusations d'espionnage contre trois de ses cadres pose la...

PARIS (Reuters) - Les doutes exprimés par la direction de Renault sur ses propres accusations d'espionnage contre trois de ses cadres pose la question d'éventuelles responsabilités, y compris au sein du gouvernement.

Le constructeur, qui a licencié en janvier trois cadres travaillant sur le projet de voiture électrique et porté plainte contre eux pour intelligence avec une puissance étrangère, a admis publiquement qu'il pourrait avoir fait erreur, même si le groupe maintient pour l'instant sa plainte.

"Un certain nombre d'éléments nous amènent à douter", déclare le directeur général délégué et n°2 du groupe, Patrick Pélata, dans un entretien publié vendredi par Le Figaro.

Patrick Pélata a rencontré lundi un conseiller du Premier ministre et le ministre de l'Industrie Eric Besson pour leur faire part de ces doutes. L'Etat est le premier actionnaire du groupe, avec une participation de près de 15%.

Si l'erreur est confirmée, les trois cadres seront réintégrés, a-t-il expliqué dans Le Figaro. "Nous en tirerons toutes les conséquences jusqu'au niveau le plus haut de l'entreprise, c'est-à-dire jusqu'à moi."

Le PDG de Renault Carlos Ghosn, qui a jusqu'à présent appuyé les accusations d'espionnage tout en disant ne pas s'être occupé des détails du dossier, serait donc épargné.

LAGARDE DÉFEND BESSON

La ministre de l'Economie Christine Lagarde a déclaré vendredi que l'erreur, si elle se confirmait, aurait des conséquences et a évoqué le dédommagement des cadres.

"J'en tirerai toutes les conséquences au niveau des responsabilités, y compris en ce qui me concerne", a-t-elle dit sur RMC. "Si les soupçons étaient infondés, ce qui compte c'est que justice soit rendue, confiance soit restaurée et réparation soit payée."

Elle a défendu Eric Besson, dont elle est le ministre de tutelle, tout en soulignant l'avoir mis en garde contre la tentation de pointer la Chine du doigt.

"Eric n'a jamais à ma connaissance accusé la Chine de quoi que ce soit. Nous en avions parlé ensemble et j'avais attiré son attention sur le fait qu'il ne faut pas tirer sans viseur ou accuser sans preuve", a-t-elle dit.

Eric Besson se voit reprocher par certains médias des déclarations parlant d'un épisode de "guerre économique", mais sans viser la Chine, au début de l'affaire, ce qui laissait penser que les accusations étaient fondées. Pékin a démenti officiellement tout acte d'espionnage.

Le ministre avait regretté avoir appris l'affaire par la presse le 5 janvier et avait alors suscité la saisine de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).

Il conteste s'être prononcé sur le fond des accusations.

"Eric Besson a pour préoccupation d'une part la protection de l'industrie française, dont Renault est l'un des fleurons, face aux tentatives d'espionnage ou de déstabilisation, d'autre part le respect de la présomption d'innocence", explique son communiqué.

Les cadres visés, Bertrand Rochette, Matthieu Tenenbaum et Michel Balthazard, se disent innocents et ont porté plainte pour dénonciation calomnieuse ou diffamation.

LETTRE DE DÉLATION

Renault les poursuit sur le fondement d'une enquête privée menée par un seul homme et par ses services internes, après une lettre anonyme que le Figaro a publiée vendredi sur son site internet. Elle accuse en termes flous Michel Balthazard d'avoir été corrompu et, par allusion, Matthieu Tenenbaum.

"Bien sûr je n'ai aucune preuve, bien sûr c'est de la délation mais je m'en moque", lit-on dans ce courrier.

Renault a fait mener par un employé d'une officine de renseignement privé - ensuite licencié pour avoir agi sans mandat de son employeur - une enquête où il a conclu avoir découvert des comptes bancaires à l'étranger détenus par deux des trois cadres.

Le parquet de Paris a sollicité l'aide de la Suisse et du Liechtenstein, où se trouveraient ces comptes.

Les premiers résultats en Suisse ne sont pas concluants mais aucun compte-rendu écrit n'est encore réalisé, a-t-on appris de source judiciaire. Le Liechtenstein, traditionnellement peu coopératif en matière d'entraide judiciaire, a donné des "assurances" que l'enquête serait réalisée.

La DCRI a mené des auditions parallèlement sur la thèse de la manipulation, interrogeant jeudi Philippe Clogenson, ancien directeur marketing du groupe Renault licencié il y a deux ans pour supposée corruption et qui se dit victime d'une erreur.

Jean-Baptiste Vey, Patrick Vignal et Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse