BFM Business

La sécurité de Renault dans le collimateur des enquêteurs

Le service de sécurité interne de Renault est sur la sellette dans l'enquête sur les accusations d'espionnage portées par la société contre trois de ses cadres, aujourd'hui mises en doute par la direction. /Photo prise le 16 janvier 2011/REUTERS/Jacky Nae

Le service de sécurité interne de Renault est sur la sellette dans l'enquête sur les accusations d'espionnage portées par la société contre trois de ses cadres, aujourd'hui mises en doute par la direction. /Photo prise le 16 janvier 2011/REUTERS/Jacky Nae - -

PARIS (Reuters) - Le service de sécurité interne de Renault est sur la sellette dans l'enquête sur les accusations d'espionnage portées par la...

PARIS (Reuters) - Le service de sécurité interne de Renault est sur la sellette dans l'enquête sur les accusations d'espionnage portées par la société contre trois de ses cadres, aujourd'hui mises en doute par la direction.

La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, contre-espionnage) a entendu à plusieurs reprises deux employés de sécurité ces derniers jours, dit-on de source policière.

Selon plusieurs médias, ils refusent de livrer le nom de l'informateur ou pseudo-informateur qui a amené Renault à porter ses accusations en janvier.

Me Jean Reinhart, avocat du groupe automobile, explique que Renault a demandé à tous ses employés de coopérer avec la police.

"Il y a une note extrêmement précise qui a été envoyée en janvier à tout le monde demandant la coopération la plus totale et la plus loyale avec les services enquêteurs", a-t-il dit à Reuters.

Prié de dire pourquoi la police ne pouvait pas obtenir le nom de l'informateur, l'avocat s'est montré évasif, répondant: "Je ne sais pas qui c'est, je ne l'ai pas rencontré".

Selon Le Canard enchaîné, cet informateur, qui est passé lui-même par un intermédiaire, employé d'une société de renseignement privée, a perçu 250.000 euros, attend 200.000 euros supplémentaires et réclamerait 900.000 euros pour présenter des preuves écrites.

Me Reinhart, interrogé sur ces sommes, a déclaré: "Je ne suis pas sûr que la somme annoncée est réelle et que si des factures ont été rédigées, elles correspondent à quelque chose".

Il explique que la piste d'une escroquerie ne pourra être envisagée "qu'en fin d'enquête".

LIECHTENSTEIN ET SUISSE

Renault n'a rien remis de concret au parquet de Paris lorsqu'il a porté plainte concernant les comptes bancaires à l'étranger détenus par deux des trois cadres selon l'informateur anonyme.

La plainte parle d'un espionnage visant le projet de batterie de voiture électrique et met indirectement en cause la Chine, puisqu'il est question de sociétés liées à ce pays, même s'il n'est pas nommé, dit-on de source judiciaire.

Le parquet de Paris a sollicité l'aide de la Suisse et du Liechtenstein, où se trouveraient ces comptes bancaires. Les premiers résultats en Suisse ne sont pas concluants mais aucun compte rendu écrit n'est réalisé, ajoute-t-on de même source.

Le Liechtenstein, traditionnellement peu coopératif en matière d'entraide judiciaire, a donné des "assurances" que l'enquête serait réalisée, dit-on au parquet. Les réponses écrites aux demandes d'entraide devraient revenir par écrit des deux pays autour du 20 mars, dit-on de source proche du dossier.

La semaine dernière, le groupe a admis qu'il pourrait avoir fait erreur par l'intermédiaire de son directeur général délégué et n°2, Patrick Pélata, qui a mis son poste en jeu.

"(Si l'erreur était avérée-NDLR), nous en tirerons toutes les conséquences jusqu'au niveau le plus haut de l'entreprise, c'est-à-dire jusqu'à moi", a-t-il dit au Figaro.

Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, qui a jusqu'à présent appuyé les accusations d'espionnage tout en disant ne pas s'être occupé des détails du dossier, serait donc épargné.

Les cadres visés, Bertrand Rochette, Matthieu Tenenbaum et Michel Balthazard, se disent innocents et ont porté plainte pour dénonciation calomnieuse ou diffamation.

La DCRI a mené des auditions parallèlement sur la thèse de la manipulation, interrogeant Philippe Clogenson, ancien directeur marketing du groupe Renault licencié il y a deux ans pour supposée corruption et qui se dit victime d'une erreur.

L'informateur anonyme de Renault serait impliqué dans d'autres épisodes de ce type, dit Le Canard enchaîné.

Thierry Lévêque, édité par Gilles Trequesser