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La France et les Pays-Bas à couteaux tirés chez Air France-KLM

Le ministre néerlandais de l'Economie, Wopke Hoekstra, a créé la surprise en s'invitant au capital d'Air France KLM en février dernier.

Le ministre néerlandais de l'Economie, Wopke Hoekstra, a créé la surprise en s'invitant au capital d'Air France KLM en février dernier. - Lex van Lieshout / ANP / AFP

Le groupe présente mardi sa stratégie aux investisseurs dans un climat tendu. Les relations sont très mauvaises entre ses deux principaux actionnaires, les Etats français et néerlandais. Les négociations sont dans l’impasse sur l’avenir de KLM. Les Pays-Bas semblent prêts à sortir de son capital en échange de garanties.

C’est une guerre sourde qui risque de faire des dégâts. Il y a huit mois, l’Etat néerlandais a fait irruption dans le capital d’Air France-KLM. Prenant tout le monde par surprise, il en a racheté 14% pour 750 millions d'euros afin de "coller" à l’Etat français, actionnaire à 14,3%. Avec l’objectif de défendre KLM dont il détient déjà 5% aux côtés d’Air France-KLM. Sa compagnie nationale est un fleuron et un poids lourd de l’économie néerlandaise que l’Etat craint de voir diluée dans le groupe. Un "raid" mal vécu par les Français qui ont accusé le coup. Quelques jours plus tard, le 1er mars, les deux Etats assuraient vouloir renforcer le groupe Air France-KLM en examinant la gouvernance, les équilibres entre actionnaires, ainsi que le rôle des deux compagnies et de leurs aéroports respectifs.

Des groupes de travail ont été créés, pilotés par la présidente du groupe, Anne-Marie Couderc. Mais selon plusieurs sources proches de l’entreprise: "tout est bloqué, résume un dirigeant de la compagnie. Les relations entre les Français et les Néerlandais sont très mauvaises". Les deux Etats sont à fronts renversés. Les Français veulent qu’Air France-KLM gère les deux compagnies sans intervention publique alors que les Pays-Bas souhaitent peser pour maintenir une autonomie de KLM.

"En 15 ans d’alliance, les Français n’ont toujours rien compris, s’agace un proche de la compagnie néerlandaise. Même si l’Etat néerlandais sort du capital de KLM, cela ne changera rien. Air France n’aura jamais le contrôle de KLM chez qui la gouvernance repose sur l’accord et le consensus". Une situation qui ressemble étrangement à celle entre Renault et Nissan où l’Etat actionnaire Français souhaitait faire plier Nissan avant de se heurter à leur volonté d’indépendance.

Des garanties pour KLM et Schipol

Selon nos informations, l’option d’une sortie de l’Etat néerlandais du capital de KLM est discutée avec le gouvernement français. Mais elle n’avance pas. En contrepartie, les Néerlandais demandent des garanties de trafic pour KLM et surtout pour l’aéroport d’Amsterdam. Et c’est là que ça coince. Schipol est saturé et n’a pas de perspective de croissance. Alors que du côté français, Air France mise sur l’essor de Roissy avec la construction d’un nouveau terminal en 2028. Un déséquilibre qui fait peur aux bataves. Contacté, le ministère néerlandais de l’Economie n’a pas souhaité nous répondre.

Même si ce scénario aboutissait, l’Etat néerlandais resterait alors au capital d’Air France KLM, aux côtés de la France. Une situation qui n’enchante pas non plus le ministère de l’Economie qui se retrouve "scotché" au capital du groupe dont il voulait sortir rapidement. "On ne peut pas abaisser notre participation, reconnait-on à Bercy. Et si on le fait, ce sera en parallèle des Pays-Bas". Une issue qui va prendre beaucoup de temps étant donné la situation de blocage actuel.

Début octobre, le patron de l’administration de Bercy qui gère les participations de l’Etat (APE), Martin Vial, est sorti de sa réserve habituelle pour cibler son partenaire, devenu rival. "Il faut que l’Etat néerlandais comprenne qu’on ne se comporte pas comme ça dans une entreprise cotée, a-t-il prévenu. Il faut une normalisation de la gouvernance, ils ne peuvent pas être à la fois actionnaire d’Air France-KLM et de KLM".

Delta Airlines pourrait jouer les arbitres

Une charge qui a été très mal reçue à Amsterdam quelques jours avant de fêter le centenaire de la compagnie aérienne batave. L’arrogance et l’autoritarisme des Français étaient au cœur des conversations lors des cérémonies du 100 anniversaire de KLM. "Les propos du patron de Bercy sont très mal passés à Amsterdam, raconte un dirigeant du groupe. Cela n’aide pas à pacifier nos relations avec KLM". D’autant que l’ambiance entre le patron d’Air France-KLM, Ben Smith, et celui de KLM, Peter Elbers, reste tendue.

Dans le camp français, on compte aussi sur les autres actionnaires d’Air France-KLM pour pousser les Pays-Bas à avancer. Et notamment la compagnie Delta Airlines, qui détient 9% du capital. China Eastern, qui détient aussi 9%, est plus silencieuse. Plusieurs sources rapportent que les Américains n’apprécient pas ce "pataquès" entre les deux Etats. Leur voix est d’autant plus écoutée que les vols transatlantiques opérés avec Delta pèsent lourds dans les comptes d’Air France-KLM… et de Roissy. Depuis début octobre, la compagnie américaine bénéficie de droits de vote double qui lui donnent encore plus de poids. Les Français restent leaders avec 21% des droits de vote. Mais l’Etat néerlandais et Delta Airlines sont au coude-à-coude avec 11%. Une bataille à trois qui promet d’être tendue lors de la prochaine assemblée générale d’Air France KLM, au printemps prochain.