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L’État planche sur la privatisation de Roissy CDG et Orly

Terminal ouest de l'aéroport d'Orly

Terminal ouest de l'aéroport d'Orly - OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP

Depuis un mois, le ministère de l’Économie étudie plusieurs scénarios pour vendre tout ou partie de Paris Aéroport. Une décision est attendue à la rentrée.

L’issue ne fait pas de doute: les aéroports de Paris vont être privatisés. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, souhaite vendre 10 milliards d’euros de participations publiques dans les entreprises. Celle dans Paris Aéroport, dont l’État détient 50,6%, est en première ligne. Lorsqu’il était à Bercy, Emmanuel Macron avait déjà tenté la privatisation du gestionnaire de Roissy-CDG et Orly après celles des aéroports de Toulouse, Nice et Lyon.

Ces dernières semaines, tous les représentants et dirigeants des entreprises intéressées par une privatisation de Paris Aéroport ont fait le tour des interlocuteurs au gouvernement et à l’Elysée. Les "retours sont très clairs, explique l’un d’entre eux, l’entreprise sera privatisée". "Cela ne fait aucun doute" ajoute un autre.

Selon plusieurs sources, depuis début juillet, le ministère de l’Économie planche sur différents scénarios de vente totale ou partielle. Et les échanges avec l’Elysée sont permanents. "Personne ne parle officiellement d’une privatisation mais ils étudient tout en profondeur et demandent beaucoup d’informations à l’entreprise", justifie l’une d’elles. Un travail juridique et financier qui va conduire l’administration à se doter de banques conseil et d’avocats. Pour les choisir, un appel d’offres devrait être lancé dans les prochaines semaines.

Un consortium autour de Vinci

Preuve que les choses avancent, la direction de Paris Aéroport s’est déjà munie de banques conseil (BNP Paribas et Goldman Sachs) en vue de sa privatisation. Un geste perçu comme défensif vis-à-vis de l’État-actionnaire et qui semble avoir agacé l’Elysée. Mardi, son PDG, Augustin de Romanet, a souligné que "l’État n’avait pas arrêté de position à ce stade sur un éventuel désengagement". "L’été sera studieux" reconnaît sobrement son entourage.

Quatre scénarios sont à l’étude. Le premier, le plus lucratif, consiste à une vente pure et simple des 50,6% du capital que l'État détient. De quoi potentiellement récupérer plus de 7 milliards d’euros. Les candidats devront pour autant être capables de lancer une offre publique sur 100% du capital et donc financer une acquisition de 15 milliards d’euros. "Nous sommes parfaitement capables de réaliser des opérations très significatives" a déclaré Xavier Huillard, le PDG de Vinci, dans un entretien au Revenu.

Déjà actionnaire de 8% d’ADP, le groupe français est considéré comme le favori en cas de privatisation. Selon nos informations, ses dirigeants réfléchiraient déjà à créer un consortium avec d’autres partenaires. Parmi eux, l’assureur du Crédit Agricole, Prédica, qui a déjà racheté 5% à l’État en 2013, "regardera le dossier" selon un de ses cadres. La Caisse des dépôts du Québec figure aussi parmi les noms qui circulent.

Au sein de l’État, beaucoup craignent que la position de favori de Vinci ne "tue" la concurrence. Et que le groupe ne réitère l’offensive gagnante sur la privatisation des Autoroutes du sud de la France (ASF) en 2006. Vinci avait pris à l'époque 20% du capital d’ASF pour se positionner avant sa privatisation. Une vingtaine de fonds dédiés aux infrastructures sont capables d’investir jusqu’à 1 milliard d’euros. En dehors de Vinci, l’italien Atlantia, qui a racheté l’aéroport de Nice, est pressenti.

Le PDG préfère que l’État reste au capital

La privatisation totale de Paris Aéroport ne serait néanmoins pas du goût de son président directeur général. Il y a encore quelques mois, Augustin de Romanet privilégiait un autre scénario consistant à ce que l’État conserve environ 30%. "Bien qu’il s’en défende, il ne souhaite pas que Vinci prenne le contrôle du groupe" explique une source. Il veut les maintenir en-dessous de 30% aux côtés de l’État". Ce schéma, étudié par Bercy, conduirait l’État à vendre 20% du capital par lots de 4% ou 5%. "Cela n’a aucun intérêt car n’importe qui peut acheter une telle participation en Bourse" note pourtant un investisseur spécialisé dans les infrastructures.

Deux autres scénarios, peu réalistes, sont également étudiés. Celui visant à ce que l’État conserve la propriété foncière des aéroports de Paris comme pour les concessions autoroutières. Ceci pour éviter que le futur propriétaire ne favorise la spéculation immobilière au détriment de l’essor des aéroports. Une autre option consistant à scinder le groupe en deux sociétés entre Roissy et Orly pour stimuler la concurrence. Trop complexes et sans véritable intérêt, ces deux options ont très peu de chances d’aboutir.

Bercy va continuer à plancher sur la privatisation de Paris Aéroport tout l’été. "On ne dira rien avant la rentrée" répond le ministère quand on l'interroge sur le sujet. Mais le calendrier est assez clair. L’État doit privatiser le groupe courant 2018 avant que les deux parties n’entament, début 2019, une nouvelle négociation de leur contrat de régulation économique. Il devra d’ici là modifier la loi qui lui interdit de descendre sous la barre de 50%. Plutôt que de glisser un amendement en loi de finances, plusieurs sources estiment que l’État pourrait en profiter pour rédiger une loi de privatisation incluant d’autres sociétés. Et faire sauter des seuils de détention de l’État dans EDF (70%) ou Engie (34%). D’autres perspectives de désengagement.

Matthieu Pechberty