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L'appli de transport Citymapper utilise vos données pour devenir transporteur

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Citymapper, l'application qui réunit toutes les informations utiles aux citadins pour se déplacer, a lancé son propre service de transport à Londres. La start-up a utilisé les données de ses utilisateurs pour identifier les besoins et y répondre. Et elle envisage d'en faire autant en Île-de-France.

À rebours d'un Uber qui collecte les données en faisant du transport, Citymapper a d'abord récolté les données de déplacements des citadins pour devenir un transporteur. Jusqu'à présent, l'application se contentait d'aider ses utilisateurs à se déplacer en ville en leur proposant des itinéraires qui combinent tous les moyens de transports disponibles, du métro au bus, en passant par le vélo en libre-service et le taxi. Le 22 février, elle a lancé un service de minibus qu'elle opère elle-même. "Smart Ride", un système hybride à mi-chemin entre le bus et le taxi, fait ses roues à Londres, en Grande-Bretagne. Pour commencer.

La start-up a mis toutes les chances de son côté pour que son service de transport réponde à un vrai besoin. En commençant par se servir des masses de datas qu'elle compile depuis son lancement en 2013. Elle a regardé "essentiellement les trajets du point A au point B, complètement anonymisés, sans lien avec des profils d'utilisateurs", précise Jean-Baptiste Casaux, porte-parole de Citymapper. Ses analystes ont ainsi détecté "les trajets les plus populaires, les zones et les horaires où la réponse n'est pas adaptée aux besoins".

La start-up a par exemple identifié une carence dans l'East London, presque totalement dépourvu de moyens de transport publics la nuit, alors que c'est précisément là que sortent les jeunes Londoniens le soir. Ainsi, elle teste depuis mai 2017 un service de bus aux couleurs de Citymapper, qui ramène les usagers vers le centre de Londres. En terme de demande, l'expérience rencontre un franc succès. Si bien que Transport for London (TfL), l'autorité qui gère les transports londoniens, envisage désormais de faire fonctionner les métros la nuit dans ce quartier.

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En revanche, l'affaire s'est révélée très ardue du point de vue administratif. Citymapper a ainsi mis des mois à obtenir les autorisations de faire circuler ses bus. Et quand, deux semaines après avoir obtenu le sésame, elle a voulu le modifier pour le faire correspondre davantage aux attentes des utilisateurs, elle a dû attendre encore d'autres longs mois.

"Uber a rendu les villes nerveuses"

La faute, en partie, à Uber, selon la start-up. Le service de VTC a en effet perdu sa licence à Londres après avoir ulcéré les autorités par ses manquements aux règles. "Uber a rendu les villes nerveuses, et nui à la collaboration pour les autres. L'attribution de licence aux nouveaux entrants est depuis retardée, compliquée", regrette Jean-Baptiste Casaux. TfL vient d'ailleurs d'annoncer qu'elle comptait durcir la législation pour les applications de transports.

Dans ce contexte, Citymapper choisit de marcher dans les clous. Elle demande toutes les autorisations avant de se lancer. Et même si les règles la brident, elle s'y conforme. Ainsi, elle a généralisé son service de transport, mais avec des minibus, afin de ne pas dépasser la limite de neuf passagers à partir de laquelle elle devrait se conformer à la législation rigide qui s'applique aux autobus.

La différence majeure des vans de Citymapper avec les traditionnels bus rouges de la capitale britannique, c'est qu'ils ne suivent pas un itinéraire précis ponctué d'arrêts fixes. Ils couvrent une zone, un réseau. En l'occurrence, le quartier de La City, étendu jusqu'à Kings Cross et Houston.

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- © La zone de couverture de Smart Ride à Londres

Ses véhicules se déplacent donc dans ce carré, mais selon différentes combinaisons, en fonction tout d'abord des besoins de ses passagers. Ces derniers réservent via l'application, où "Smart Ride" leur est proposé en plus des autres modes de transport (seulement s'il est disponible et compétitif). Son trajet est défini de façon à ce que les usagers n'aient pas à marcher plus de trois-quatre minutes au départ, et trois-quatre minutes à l'arrivée. "Le minibus ne fait pas de détour et ne revient pas en arrière", précise Jean-Baptiste Casaux.

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Les itinéraires varient aussi en fonction de la circulation et des bouchons, et leur rythme de passage peut s'intensifier ponctuellement, lorsque des concerts, matches de foot et autres événements décuplent pendant quelques heures le flux de voyageurs. Aujourd'hui, ce sont les humains derrière la machine qui décident de varier les trajets ou d'ajouter des minibus. Mais bientôt, promet Jean-Baptiste Casaux, les arbitrages seront automatiques, à la minute près.

Un service gratuit... pour le moment

Quant à la facture pour l'usager, pour le moment, elle est nulle! Juste pour cette première semaine, le service est gratuit, afin de permettre à la start-up d'évaluer la demande et ses frais de fonctionnement, et ainsi fixer le bon prix, explique Jean-Baptiste Casaux. À terme, son prix sera supérieur au bus -environ 1,70 euro le ticket simple- mais moins cher que le taxi. Le paiement s'effectuera par carte via l'application.

Et après Londres, Citymapper se verrait bien déployer ses propres transports en France, où elle regarde avec intérêt les initiatives d'Île-de-France mobilité, l'autorité des transports publics de la région, tant en matière de bus à la demande que de covoiturage. "Nous serions partants pour expérimenter à ses côtés", sourit Jean-Baptiste Casaux. D'autant que la start-up pourrait lui apporter sa connaissance des besoins utilisateurs née de l'analyse des données récoltées à Paris, où elle officie depuis 2014. Par exemple, lâche son porte-parole, "il y a clairement un sujet sur les trajets en banlieue".

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- © Pour le moment, c'est encore l'humain derrière la machine qui arbitre.
Nina Godart
https://twitter.com/ninagodart Nina Godart Journaliste BFM Éco