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Le prix du pass Navigo va-t-il augmenter à cause de la crise sanitaire?

Tout comme la réduction de l'offre dans les transports cet été, l'augmentation des tarifs Navigo est envisagée pour compenser les pertes financières d'Ile-de-France Mobilités, évaluées à 2,6 milliards d'euros.

"Les pertes sont abyssales." Invitée de RTL ce mercredi, Valérie Pécresse alerte sur la situation d'Ile-de-France Mobilités, l'autorité organisatrice des transports dans la région. IDFM est en effet "en cessation de paiement" et affiche désormais un déficit de 2,6 milliards d'euros. En cause: la crise du coronavirus, durant laquelle 90% des voyageurs ont déserté les transports en communs.

Les Franciliens vont-ils devoir payer la facture? Pour l'heure, Valérie Pécresse se refuse à faire peser le poids du déficit sur les utilisateurs. Un choix qui viendrait automatiquement faire grimper le prix du pass Navigo. 

"Pour rembourser 2,6 milliards de trou dans la caisse, il faudrait un impôt Covid sur les voyageurs de 20 euros par mois, une augmentation de 20 euros du pass Navigo!", a estimé Valérie Pécresse. "Je m'y refuse résolument et absolument, ce serait totalement injuste", a-t-elle cependant assuré.

Une opinion partagée par Bernard Gobitz, vice-président de la Fédération Nationale des Associations d'Usagers des Transports d'Ile-de-France, qui juge qu'un tel "impôt" serait "très dommage".

"À une époque où on s'occupe beaucoup d'écologie, les transports publics sont les plus écologiques. Pénaliser ceux qui les utilisent serait une catastrophe", déplore-t-il sur BFM Paris.

Vers une offre réduite?

Autre mesure qui pourrait être prise cet été pour compenser les pertes financières d'Ile-de-France Mobilités: la réduction drastique de l'offre de transports. "Si Ile-de-France Mobilités n'a pas l'argent nécessaire pour payer la RATP et la SNCF pour un service complet, ces deux opérateurs feront un service réduit, c'est clair", déplore Bernard Gobitz.

L'offre pourrait alors diminuer de 70% par rapport à la normale, ce qui signifie par exemple que "sur quatre RER, il n'en restera plus qu'un en circulation", explique à BFM Paris Arnaud Bertrand, président de l'association "Plus de train".Pourtant, aux yeux de Valérie Pécresse, "on ne peut pas réduire l’offre de transports dans une Ile-de-France qui doit se relancer". Dans une récente tribune au Parisien, la présidente de région avait en effet déclaré que le secteur des transports "contribue au développement des territoires, au droit à la mobilité des populations et constitue l’un des atouts majeurs en termes d’attractivité pour notre pays".

Un appel à l'Etat 

Pour éviter d'en arriver là, Valérie Pécresse et les associations de voyageurs en appellent à l'Etat. 

"Je demande au gouvernement la compensation intégrale des pertes de recettes subies par les transports publics franciliens (...). Ce serait quand même assez paradoxal que l'État vienne renflouer le secteur de l'aéronautique, de l'automobile, et pas celui des transports, qui est populaire et écologique", a martelé Valérie Pécresse, qui a averti que sans compensation financière, les conséquences sur les voyageurs pourraient être dures.

Les élus du conseil d'administration d'IDF-Mobilités ont adopté à l'unanimité une motion pour un appel à un plan de soutien massif aux transports publics. En l'absence de nouvelles recettes votées par l'Etat, la cessation de paiement est inéluctable, selon les élus. Elle "menacerait des centaines de milliers d’emplois en France que ce soit chez les opérateurs de transports, chez les constructeurs de matériel roulant et leurs sous-traitants, équipementiers, ainsi que dans les entreprises de travaux publics", préviennent-ils. 

Valérie Pécresse rappelle par ailleurs que le président de la République s'était engagé à ce que l'Etat supporte les conséquences de la crise sanitaire "quoi qu'il en coûte".

Juliette Mitoyen