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Frantz Yvelin, PDG d'Aigle Azur annonce sa démission

En colère et fatigué, l'ancien pilote de ligne à la tête de la compagnie aérienne en redressement judiciaire, jette l'éponge.

Frantz Yvelin, le patron d'Aigle Azur qui traverse depuis plus d'un mois une zone de turbulence, a annoncé sur le plateau de Good Morning Business qu'il quittait ses fonctions.

"Je vous annonce ma démission. J'ai fait absolument tout ce que je pouvais depuis deux ans. On est venu me chercher pour diriger Aigle Azur. Nous avions un plan que nous avions présenté, ce plan permettait de sauver plus de 90% des emplois de la compagnie, permettait également de pérenniser son activité, certains syndicats n'en ont pas voulu, M. Houa a voulu faire son putsh, à un moment on ne peut pas se battre contre tout le monde", assène le responsable.

Ce plan prévoyait "de revendre une partie de notre activité au groupe IAG, de basculer à peu près une moitié de notre activité sur Charles-de-Gaulle et de demander un effort de productivité à l'ensemble de nos personnels navigants en contrepartie d'une part dans le capital de la société".

"Devant cette situation gravissime qui dure maintenant depuis cinq semaines, j'ai pris la décision la semaine dernière de demander de l'aide au tribunal, ce tribunal a décidé de nommer à ma demande une administratrice provisoire. Je pense que c'est la meilleure des solutions car ce n'est pas l'administratrice d'Yvelin, ce n'est pas l'administratrice du PDG ou celle des actionnaires, c'est celle de la justice. Et ensemble, depuis son arrivée, elle a fait beaucoup. Et nous avons signé conjointement notre déclaration de cessation des paiements et décidé conjointement de nous placer sous la protection du tribunal".

L'homme se dit "fatigué" après avoir "traversé" une "zone de fortes turbulences depuis le début du mois d'août". "J'ai fait ce que je pouvais, on sauve 'avec', on ne sauve pas 'contre'", lance encore Frantz Yvelin.

L'entreprise, qui compte 1150 employés, dont 350 en Algérie est en redressement judiciaire avec poursuite de l'activité, a notamment connu le coup de force fin août d'un de ses actionnaires, Gérard Houa, qui détient 20% des parts de la compagnie.

Les actionnaires ont fait défaut

"C'est une histoire absolument rocambolesque, je tiens à préciser que la justice est saisie et qui lui appartiendra de trancher. Gérard Houa dit depuis des mois à tout le monde, que ce soit aux autres actionnaires, plus récemment aux employés, en parallèle avec un syndicat qui s'appelle le SNPCFO avec lequel il semble s'être allié, j'ai 15 millions d'euros, j'ai un plan". Et de poursuivre : "Gérard, si tu m'entends, si tu as les 15 millions, met les sur la table, si tu as un plan sérieux, présente-le au tribunal, l'avenir t'es ouvert. Je pense qu'à un moment, il faut être sérieux". 

Pour autant, les autres actionnaires de la compagnie (le groupe chinois HNA et l'homme d'affaires américain David Neeleman) ont-ils aussi fait défaut ? "La réponse est oui, clairement. La stratégie d'Aigle Azur s'était articulée sur le développement sur le long courrier, lequel devait être soutenu à 100% par nos deux actionnaires. (...) Nous avions décidé de mettre en place des synergies avec nos actionnaires de façon à pouvoir se reposer sur leur expertise et sur leur dimension".

Le responsable reconnaît néanmoins des erreurs: "on en fait toujours, nous en avons fait très peu en vérité. Les deux plus gros problèmes de ces dernières années ont été d'une part, l'arrêt de la Chine par l'actionnaire chinois et l'arrêt de son soutien brutal complètement imprévisible et deuxièmement l'augmentation du prix du fioul".

Dénonçant un "Aigle Azur bashing", l'ancien pilote de ligne se dit "triste d'avoir à solliciter la protection du tribunal de commerce mais également plein d'espoir en espérant que bien évidemment des candidats potentiels à la reprise de cette belle compagnie qu'est Aigle Azur pourront se présenter".

Mais il y a bel et bien péril en la demeure. Les difficultés de la compagnie ont provoqué la fuite des passagers et la cash pourrait vite finir par manquer. D'autant plus qu'une partie de la trésorerie (15 millions d'euros) est en Algérie et est difficilement rapatriable. "Depuis le mois d'août, depuis le début de cet Aigle Azur bashing dont nous avons été les victimes bien involontaires, malheureusement cela a un impact considérable sur les réservations. C'est aussi un des éléments qui nous a poussé à demander la protection du tribunal de commerce".

Reste désormais à attendre les offres de reprise. Deux pistes sont évoquées: une reprise par Air France ou par IAG (Vueling, British Airways, Iberia). Lionel Guérin et Philippe Micouleau, anciens dirigeants du groupe Air France sont également sur les rangs. Les repreneurs ont jusqu'au 9 septembre pour déposer leurs offres.

Olivier CHICHEPORTICHE