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Crash de l'A320: des avions de ligne sans pilote seraient-ils plus sûrs?

Le Global Hawk, un drone de l'armée américaine, est téléguidé par un pilote au sol et fait la taille d’un Boeing 737.

Le Global Hawk, un drone de l'armée américaine, est téléguidé par un pilote au sol et fait la taille d’un Boeing 737. - Hashekemist - Wikimedia – CC

Au lendemain du crash de l'appareil de la Germanwings, les travaux des industriels sur l'avion sans pilote intéressent. Mais si la technologie est prête, les mentalités pas encore.

Peut-on imaginer, demain, des avions sans pilote? Après le crash de l’A320 de Germanwings et les révélations sur les problèmes psychiatriques d’Andreas Lubitz, on peut se poser la question. Certains industriels réfléchissent depuis longtemps à des avions de ligne qui voleraient tout seul, à la manière des drones militaire.

Cela semble être le sens de l’histoire. La technologie existe, il suffit de voir ce qui se fait dans le domaine militaire avec des engins autonomes de plus en plus gros et sophistiqués. Le Neuron par exemple, un drone de combat français qui fait la taille d’un avion de chasse, et qui est piloté depuis un cockpit situé au sol (photo ci-dessous). Ou encore le Global Hawk, un drone américain qui fait la taille d’un Boeing 737 (photo qui illustre l'article).

Le Neuron de Dassault est un drone de combat français qui fait la taille d’un avion de chasse.
Le Neuron de Dassault est un drone de combat français qui fait la taille d’un avion de chasse. © Philippe Stroppa - Dassault

Les constructeurs aéronautiques sont donc capables de fabriquer de gros avions qui volent tout seul. Pourquoi ne pas adapter cette technologie à l’aviation civile? Certains y réfléchissent sérieusement. Comme le britannique BAE Systems, et son projet ASTRAEA par exemple. Un avion, qui a déjà réalisé des vols d’essai, qu’on peut commander et guider depuis le sol. 

Il y a toujours un pilote dans le cockpit en l’air, ne serait-ce que pour une raison psychologique. Difficile aujourd'hui de trouver quelqu'un prêt à entrer dans un avion sans pilote. Mais le tout est supervisé par un commandant de bord qui, lui, reste à l’aéroport. Il a exactement les mêmes commandes que s’il était en l’air, grâce à des caméras il voit par les "yeux" de l’avion, qui est bardé de capteurs lui permettant de détecter la présence d’autres avions, de reconnaître les différents types de nuages pour éviter les tempêtes, etc. En cas de problème, il prend la main sur les commandes. Tout risque de défaillance du pilote en l’air est ainsi supprimé.

Remplacer les pilotes par des robots

Une autre solution pourrait être de remplacer les pilotes par des robots. Des chercheurs sud-coréens ont présenté récemment le premier automate capable de piloter un avion. Il s’appelle Pibot, mélange de pilote et de robot. Alors évidemment, on ne lui a pas encore laissé les commandes d’un A380. Pour l'instant, ce petit humanoïde s’entraîne sur un simulateur de vol. Mais il est plutôt impressionnant.

Dans la vidéo publiée par les chercheurs (ci-dessous), on le voit activer avec une main les différents boutons du cockpit reconstitué, et avec l’autre il tient le manche à balai. Des algorithmes de vision artificielle lui permettent de reconnaître les différents boutons, mais aussi les marquages au sol et d’analyser l’approche de la piste pour optimiser l’atterrissage. A terme, ses inventeurs estiment que ce genre de robot pourrait tout à fait nous amener à l’autre bout du monde en toute sécurité.

Il faudra néanmoins attendre des décennies avant que des compagnies aériennes comme Air France ou Lufthansa adoptent l'avion sans pilote. Car pour les moment les barrières juridiques et surtout psychologiques sont trop importantes. Nous avons certes sans doute tort de redouter de voler à 10.000 mètres d’altitude sans pilote. Après tout, les voitures sans conducteur testées en ce moment par Google et pas mal de constructeurs, n’ont quasiment jamais d’accident. Beaucoup moins que lorsqu’elles sont conduites par des humains en tout cas. 

Autre raison qui justifie une certaine prudence sur le sujet: les risques en terme de sécurité informatiques. Que se passerait-il si quelqu’un parvenait à hacker la connexion entre l’avion et le pilote au sol? Les experts de l’aéronautique en restent néanmoins convaincus: l’arrivée de l’avion autonome est une révolution comparable à l’apparition du moteur à réaction.

Anthony Morel