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Crash A320: un spécialiste accuse le BEA de dissimulation

Des hélicoptères de la gendarmerie sur le lieu du crash de l'A320 de Germanwings.

Des hélicoptères de la gendarmerie sur le lieu du crash de l'A320 de Germanwings. - Jeff Pachoud - AFP

Les fuites dans l'enquête sur le crash de l'A320 ne sont "pas surprenantes", juge le spécialiste aéronautique Michel Polacco. Il déplore que le Bureau d'enquêtes et d'analyses fasse de la rétention d'informations, "alors que l'information, ça ne se retient pas", explique-t-il sur BFMTV.

"Malheureusement, c'est devenu habituel", a souligné Michel Polacco, journaliste spécialiste en aéronautique, au micro de BFMTV au lendemain de fuites dans la presse sur le contenu de l'enregistrement de la boîte noire analysée par les enquêteurs après le crash de l'A320 mardi.

Mercredi, en dépit du silence du directeur du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) Rémi Jouty sur ce point en conférence de presse, une source a révélé au New York Times qu'après un début de vol habituel, l'un des deux pilotes de l'Airbus de Germanwings a quitté le cockpit et s'est retrouvé coincé derrière la porte pendant la chute de l'appareil.

"Une fâcheuse tendance à retenir l'information", pour Michel Polacco

"On a pu voir ça sur les dernières grandes catastrophes qui ont été traitées en France. On a une fâcheuse tendance à retenir l'information, et vous savez que l'information ça ne se retient pas", a poursuivi Michel Polacco. "J'étais à peu près sûr que dans la nuit ou aujourd'hui on entendrait ce que le BEA ne voulait pas nous dire hier, et dont on pouvait deviner qu'il avait des choses à dire. Ça n'est pas très surprenant", a-t-il commenté.

"On est dans un système un peu bizarre où le système de fonctionnaires du BEA, qui dépend du ministère des Transports, est toujours incité à en dire un minimum pour pouvoir laisser la place aux politiques qui de leur côté peuvent s'exprimer", a expliqué l'expert. "Cette fois-ci, ils ont été pris de cours par quelqu'un d'autre, par une autre fuite".

La conférence de presse du BEA, "une farce"

L'enquête part "mal", a reconnu Michel Polacco. "Mais que voulez-vous, le système fonctionne comme ça, et personne ne sait le réformer", a-t-il déploré. "Depuis quelques années, on a vu que les ministres voulaient absolument reprendre la main (...) et garder la primauté de la diffusion des informations importantes et exclusives. Ça leur permet de se mettre en valeur dans les médias". 

"Donc vous avez pu voir depuis deux jours ce ballet incroyable de politiciens qui donnent des avis sur tout", a encore dénoncé le journaliste, "et puis cette conférence de presse hier qui est une véritable farce". Et le journaliste d'appeler le BEA à diffuser "ces informations factuelles": "c'est dans ses statuts !".

"La rumeur va gonfler", prévient Gérard Feldzer

Un peu plus tard sur le plateau de BFMTV, notre consultant aéronautique Gérard Feldzer a lui aussi demandé au BEA d’en dire plus. “Ce qui m’interpelle, c’est la non-réaction du BEA par rapport à ça. Si vraiment ils ont déjà l’idée que ça n’est pas cette solution là (que l’un des pilotes ne se trouvait pas coincé hors du cockpit pendant la chute, NDLR), pourraient-ils l’exprimer rapidement ?”, a-t-il pressé. “Sinon le doute va s’installer, la rumeur va gonfler. Et du coup on va avoir une explosion de rumeurs sur Internet. C’est extrêmement éprouvant pour les familles, en tout les cas”, a prévenu l’expert.

“Le problème c’est qu’une enquête est en cours”, lui a répondu Dominique Rizet, consultant police-justice de BFMTV. “Le procureur de la République a confié cette boîte noire au BEA. (...) Et le BEA, à ma connaissance, n’a pas à communiquer seul, sans l’avis et l’autorisation du procureur de la République de Marseille qui est le patron de l’enquête judiciaire.”

V.R.