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Comment l’État a voulu vendre 50% de ses parts dans Roissy et Orly

Les Aéroports de Paris valent 10 milliards d'euros en Bourse

Les Aéroports de Paris valent 10 milliards d'euros en Bourse - ERIC FEFERBERG / AFP

En fin d’année, Bercy a étudié une cession de 25% du capital des Aéroports de Paris à la Caisse des Dépôts.

L’État est aux abois. D’ici l’été prochain, il doit trouver 7,5 milliards d’euros pour financer les sauvetages d’EDF et d’Areva. Il vient de céder 4% d’Engie et 2,6% de Safran pour un total de 1,9 milliard d’euros, mais il lui manque encore au moins 1,5 milliard d’euros. Après avoir privatisé les aéroports de Nice et de Lyon, il s’est récemment penché sur ceux de Paris.

Selon plusieurs sources, Bercy a réfléchi il y a quelques mois à vendre la moitié de ses parts dans les Aéroports de Paris. La société qui gère Roissy et Orly est contrôlée à 51% par l’État. La loi interdisant au secteur public de perdre le contrôle de l’entreprise, le ministère de l’Économie a imaginé un montage subtil consistant à ce que l’État vende une partie de sa participation à la Caisse des Dépôts (CDC). Une solution qui lui permettait de ne pas enfreindre la loi puisque l’institution est elle-même contrôlée par l’État. Contacté, le ministère n’a pas souhaité commenter les informations de BFM Business.

Cela aurait donc permis de remonter du cash pour financer les augmentations de capital d’EDF et d’Areva. "Le schéma consistait à vendre la moitié des parts de l’État, soit 25%, à la Caisse, explique une source proche de la CDC. L’opération aurait rapporté 2,5 milliards d’euros". Sauf que la réflexion a vite été stoppée par la sensibilité du dossier. Les Aéroports de Paris sont une entreprise où les syndicats sont très forts. "Ils l’auraient sans aucun doute pris comme le début d’une privatisation", explique un proche d’ADP. C’est ce qui a refroidi les ardeurs des financiers de Bercy.

Macron avait déjà essayé de privatiser

Ce sont précisément les syndicats qu’il faudra ménager chez ADP. Car la privatisation de Roissy et d’Orly est un serpent de mer au sommet de l’État. Le ministère de l’Économie rêve de la lancer alors que le groupe vaut 10 milliards d’euros en Bourse. Après le succès financier des privatisations des aéroports de Toulouse, Nice et Lyon, celle des deux aéroports parisiens est sur la liste. Déjà, en 2015, Emmanuel Macron avait tenté de la faire passer dans le cadre de la loi qui portait son nom. Mais le ministre des Transports, Alain Vidalies et le Premier ministre Manuel Valls, s’y étaient opposés. "Malgré cela, il a continué à y réfléchir jusqu’à son départ de Bercy l’été dernier", ajoute un bon connaisseur du dossier.

Ce tour de passe-passe a déjà été expérimenté à deux reprises. Et à chaque fois en douceur. À l’automne dernier, EDF a vendu 49% du Réseau de transport d’électricité (RTE) à la Caisse des Dépôts. Là aussi, la loi oblige à ce que les actionnaires restent publics. En 2011, Engie -ex GDF Suez- avait vendu 25% du réseau de transport de gaz, GRT Gaz à… la Caisse des Dépôts. La même loi s’imposait déjà. Dans ces deux cas, le corps social n’a pas trop mal réagi alors que la CGT est très forte, aussi bien chez RTE que chez GRT Gaz.

Quoi qu’il arrive, la privatisation des Aéroports de Paris est dans toutes les têtes. Elle est l’une des rares participations de l’État qui vaut cher. "Le dossier reste ouvert, explique une source proche du ministère. Après l’élection, on le relancera".

Matthieu Pechberty