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Catastrophe aérienne évitée à Barcelone: un "scénario fréquent"

Deux avions de ligne ont frôlé la catastrophe, samedi, à l'aéroport de Barcelone-El Prat.

Deux avions de ligne ont frôlé la catastrophe, samedi, à l'aéroport de Barcelone-El Prat. - -

Deux avions de ligne ont failli entrer en collision, samedi, à l'aéroport de Barcelone. Le redressement in extremis de l'un des deux appareils a permis d'éviter la catastrophe de justesse. Explications.

Les images, impressionnantes, ont fait le tour du web. Samedi, deux avions de ligne ont évité de justesse la collision, sur le tarmac de l'aéroport de Barcelone-El Prat, après être passés très près l'un de l'autre. Un Airbus A340 de la compagnie argentine Aerolineas s'est engagé sur la piste d'atterrissage, au moment où un Boeing 767 de la compagnie russe UTair, en provenance de Moscou, s'apprêtait à se poser. Ce dernier a alors opéré un spectaculaire redressement de dernière minute, avant de revenir au-dessus de la piste quelques instants plus tard, et pouvoir finalement se poser.

La scène, filmée par un vidéaste amateur, suscite des interrogations. Ce genre de scénario est-il fréquent? Les pilotes y sont-ils formés et habitués? Eclairage avec Gérard Feldzer, ancien commandant de bord et expert en aéronautique.

Est-il fréquent que deux avions de ligne passent si près l'un de l'autre sur un tarmac d'aéroport?

Il y a eu une mauvaise estimation de la part du contrôleur aérien de la distance qui séparait les deux avions: l'appareil au sol roulait extrêmement lentement, et de fait, l'avion encore en vol s'est rapproché, d'autant plus qu'il avait une vitesse d'approche plus rapide que prévu. Résultat: la distance entre les deux avions s'est réduite. Mais c'est un scénario qui se produit souvent car les contrôleurs autorisent les avions à décoller, tout en autorisant ceux qui sont en approche à atterrir. Par exemple, à l'aéroport de San Francisco, la configuration des pistes fait que les pilotes qui ont l'autorisation d'atterrir voient des avions passer devant eux pour décoller en même temps.

Cela se joue à quelques secondes près. C'est la condition pour pouvoir fluidifier et augmenter le trafic d'un aéroport. Or, de temps en temps, ça ne passe pas, mais ce n'est pas dangereux pour autant. Dans le cas de Barcelone, c'était très certainement une erreur d'appréciation, mais ce n'est absolument pas dangereux.

Le fait que l'avion reprenne de l'altitude au moment où il allait se poser est-il dangereux?

Non, et c'est même assez courant. Dans le cas de Barcelone, on voit, en regardant les images, que l'avion au sol a roulé extrêmement lentement et a pris tout son temps pour décoller. Résultat: les contrôleurs ont demandé à l'appareil qui se trouvait derrière de remettre les gaz, ce qui est relativement classique. Mais il est vrai qu'en termes d'images, c'est impressionnant.

La remise des gaz est une manœuvre nécessaire, que les pilotes répètent très souvent en cas de mauvaise météo, de vent soufflant de travers, d'orage. Il s'agit d'une procédure de base pour un pilote, complètement rentrée dans les habitudes de navigation. On leur demande d'ailleurs de remettre les gaz au moindre doute.

Un tel scénario pourrait-il se produire à l'aéroport de Roissy, très fréquenté?

L'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle présente l'avantage d'avoir quatre pistes (contre trois pour l'aéroport de Barcelone-El Prat, NDLR), ce qui permet de fluidifier un peu plus le trafic. On arrive à faire poser des avions toutes les minutes, mais pour peu qu'il y en ait un qui prenne trente secondes d'avance et un autre trente secondes de retard, on arrive au cas de Barcelone. La même chose pourrait donc tout à fait se produire à Roissy.

Propos recueillis par Adrienne Sigel