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Bus, trams, métros: que vont faire la RATP et Keolis pour réduire leur consommation d'énergie

Gros consommateurs d'électricité, ces deux opérateurs de transports publics ont détaillé leurs plans de sobriété qui pour le moment excluent toute réduction de l'offre.

Dans la mobilisation pour la sobriété énergétique souhaitée par le gouvernement, les entreprises de transports publics sont évidemment en première ligne. Gros consommateurs d'électricité, les grands opérateurs français ont détaillé leurs plans de réduction de leur consommation qui pour le moment excluent toute réduction de l'offre.

• Modernisation et renouvellement des flottes de véhicules

A la RATP qui prévoit une augmentation de 33% de sa facture énergétique pour l’année 2022, l'objectif est de réduire de 50% ses gaz à effet de serre sur la période 2015/2025. Rappelons que la régie consomme la bagatelle de 2,4 milliards de kilowattheures par an soit la consommation de 1,2 million de foyers.

Un des leviers est la modernisation et/ou le renouvellement du matériel roulant. "Les nouveaux trains de la ligne 14 consomment 17% d’énergie en moins par rapport aux trains qu’ils remplacent. Ceci grâce à un système de freinage électrique avec récupération d’énergie, à une motorisation plus performante et à un éclairage intégralement assuré par LED nous explique la régie des transports parisiens.

En 2032, 100% du parc métro sera équipé du freinage électrique à récupération. L’ensemble des RER et tramways est déjà équipé de cette technologie.

Chez Keolis (une filiale de la SNCF qui exploite notamment les réseaux de transports publics, essentiellement des bus, trams et des cars, à Lyon, Bordeaux, Caen... mais aussi dans le monde) l'idée est également d'intensifier ce qui est déjà mis en oeuvre.

Ainsi, "dans le cadre de la maintenance, via le multiplexage, les paramètres des moteurs des bus et des cars équipés de boîtes automatiques sont optimisés afin de s’adapter aux conditions spécifiques d’exploitation susceptibles d’influer sur la consommation (charge, relief, vitesse commerciale, longueur des inter-stations, …)" explique le groupe.

Des expérimentations sont également conduites afin de récupérer l’énergie de freinage des métros. Ces programmes pourraient être amplifiés et étendus aux tramways.

• L'Eco-conduite

Comme à la SNCF, l'optimisation de la conduite des véhicules à la RATP est renforcée pour générer une baisse de la consommation. Les lignes automatisées (1, 4, 14) intègrent dans leurs logiciels de conduite des objectifs d’optimisation énergétique. Ainsi, en reprogrammant les logiciels gérant les automatismes de la ligne 14 l’entreprise a réalisé 16% d’économies d’énergie sur la ligne fait savoir la RATP.

"De plus, des études sont en cours pour mettre en place une allure économique (meilleure gestion des accélérations et des freinages) sur le pilotage automatique du tronçon central du RER A. Cette innovation devrait permettre des gains significatifs de performance énergétique, estimés à 20 GWh par an. L’objectif est de déployer le nouveau système dès fin 2022" poursuit l'entreprise publique.

Même approche chez Keolis, "les conducteurs de tramways, de bus et de cars sont formés à l’éco-conduite, qui peut permettre d’économiser jusqu’à 5% de consommation d’électricité ou de carburant. La mise en œuvre de ces programmes s’accompagne d’un suivi des consommations par véhicule et par conducteur par le management de proximité' explique le groupe.

Concrètement, il s’agit d’utiliser le moteur au plus bas régime possible, en maintenant une vitesse stable et en adoptant une conduite souple. "Nos conducteurs de bus et de cars sont formés à ce type de conduite économique ainsi qu’aux écogestes, via notamment des séances sur un simulateur" explique-t-on.

Par ailleurs, sous réserve de l’accord des autorités organisatrices lorsqu’elles sont prescriptrices en la matière, Keolis recommande de limiter la température de chauffage et de climatisation à bord des véhicules.

• Des efforts dans les bâtiments, les gares:

En remplaçant l’intégralité des lampes conventionnelles de ses stations de métro par des LED, la RATP explique avoir déjà divisé par deux la consommation électrique des gares et stations.

"Un nouveau marché va être mis en place prochainement pour remplacer les LED actuelles avec une nouvelle génération encore plus efficace en matière de sobriété énergétique. L’entreprise vise une économie de 15% supplémentaire" ajoute la régie.

La RATP met également en avant une innovation sur la ligne 11 du métro: la chaleur du tunnel est récupérée pour alimenter un immeuble de 20 logements. Le projet a été réalisé avec Paris Habitat.

Des programmes de changement des éclairages des stations avec des ampoules LED ont également été déployés dans la majorité des réseaux exploités par Keolis. En revanche, les éventuels éclairages des abris bus sont généralement gérés par des régies publicitaires et ne relèvent pas de sa responsabilité, souligne l'opérateur.

Dans les réseaux de métros exploités par Keolis, le groupe tente de généraliser des dispositifs d’arrêt intermittent des escaliers mécaniques en l’absence d’utilisateurs mais "cela peut être techniquement compliqué si les équipements sont anciens" nuance le transporteur.

Au niveau des bâtiments administratifs, (13% de la consommation énergétique de la RATP en Ile-de-France) l’entreprise s’est fixée pour objectif de réduire de 20% les consommations d’énergie d’ici fin 2024 par rapport à 2015.

Comment? Grâce à la mise en place d’actions pour améliorer le pilotage des installations techniques (chauffage, ventilation, éclairage, …) ; la réalisation de travaux d’amélioration de la performance énergétique des bâtiments (isolation, renouvellement des chaudières, …) ; et la mobilisation des équipes sur le terrain.

• Baisser l'offre de transport?

La question peut se poser en cas de tension maximale sur le réseau avec le passage en rouge sur EcoWatt.

"La RATP prendra bien des mesures supplémentaires mais qui seront présentées lors du plan global présenté prochainement par RTE. Conformément à ce qui est demandé par le gouvernement, il n’y aura pas de baisse d’offre de transport. Des nouvelles mesures sont actuellement à l’étude en faveur de la sobriété énergétique mais cela ne concerne en aucun cas une baisse de l’offre" nous fait-on savoir.

La RATP a d'ailleurs signé la charte EcoWatt qui regroupe une quarantaine d’entreprises privées et publiques s’engageant à réduire leur consommation durant les pics de tension.

Du côté de Keolis, on indique ne pas avoir d'éléments concernant des mesures supplémentaires en cas de passage en EcoWatt rouge. Et de préciser qu'une baisse de la fréquence des bus ou des trams sont de la responsabilité des collectivités locales.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business