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Brexit: Nissan met la pression sur le Royaume-Uni

L'usine Nissan de Sunderland est la plus importante d'Europe. Le sera-t-elle encore après le Brexit?

L'usine Nissan de Sunderland est la plus importante d'Europe. Le sera-t-elle encore après le Brexit? - Leon Neal - AFP

Quel avenir pour l’usine Nissan de Sunderland en cas de Brexit? Carlos Ghosn veut des compensations douanières et presse le gouvernement britannique de prendre une décision qui pourrait peser lourd sur l’avenir du site de Sunderland, le plus important de la marque en Europe.

"Si je dois décider d'un investissement dans les prochains mois, je ne peux pas attendre jusqu'à la fin du Brexit. Il va falloir que je conclue un accord avec le gouvernement britannique". Carlos Ghosn est clair, en cas de Brexit, les investissements de Nissan seront réexaminés en profondeur. Et l’enjeu repose sur l’usine de Sunderland, la plus importante installation industrielle de Nissan en Europe.

Près d’un demi-million de voitures sortent chaque année de ce site qui emploie 6.700 personnes. Sa vocation est internationale puisque cette usine, qui produit les best-sellers de la marque (Juke, Qasqhai et la Leaf électrique), exporte 80% de sa production principalement en Europe. En cas de Brexit, qui verrait la mise en place de barrières douanières, Carlos Ghosn envisage de revoir sa stratégie industrielle britannique.

Il pourrait remettre en cause son projet d’investissements pour produire la nouvelle Juke dont la commercialisation devrait démarrer en 2018 et assurer la pérennité du site de Sunderland pour plusieurs années.

"Neutraliser les inquiétudes" de Carlos Ghosn

Pour le moment, l’heure est à la pression. Carlos Ghosn chercherait un accord avec le gouvernement britannique pour compenser l’application des taxes à l’export. Et comme l’a indiqué Trevor Mann, en charge de la stratégie industrielle de Nissan, rien n’a encore été décidé. "Nous prenons nos décisions en tenant compte des intérêts de nos actionnaires, et nous le faisons en fonction de ce que nous savons. Mais dans le cas présent, nous ne savons rien".

Sur le Mondial de l’Auto, Carlos Ghosn a confirmé être en contact avec les équipes de Theresa May, Premier ministre, mais pour l’instant explique-t-il, Renault n'a "rien demandé". Il a aussi affirmé son envie de rester en Grande-Bretagne, mais "si les conditions ne se justifient pas", tout sera réétudié. En revanche, si sa demande est exaucée, "cela neutralisera certaines de nos inquiétudes".

La France va-t-elle récupérer ce marché? À ce jour, personne n’évoque cette étape, mais Nissan a déjà annoncé sur le Mondial de l’Auto sa décision de produire la nouvelle Micra à Flins (Yvelines). La précédente génération était réalisée en Inde.

La menace pèse sur l'industrie automobile

Le Brexit, s’il est approuvé par la Chambre, pourrait porter un sérieux coup pour l’industrie automobile en Grande-Bretagne qui a réussi l’exploit de vendre ses marques en conservant les sites de production, donc les emplois, sur son sol. Ce secteur qui emploie 80.000 personnes est l’un des plus dynamiques d’Europe avec une croissance de 12,3% lors du premier semestre 2016.

La production annuelle atteint 1,59 million de véhicules dont 80% sont exportés principalement en Europe. En 2015, cette industrie représentait 11% des exportations britanniques.

Pour 2017, le gouvernement a prévu d’atteindre les 2 millions de véhicules. Le chiffre est légèrement supérieur aux 1,97 million de véhicules produits en France. Mais il semble très optimiste. Le cabinet IHS Automotive estime au contraire qu'en 2017, le marché pourrait reculer de 7 à 8% dès l'an prochain.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco