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Air France demande "1,5 mois de travail gratuit" aux pilotes et aux hôtesses

Air France exclut désormais de licenciements massifs

Air France exclut désormais de licenciements massifs - Stéphane de Sakutin - AFP

Lors d'un CCE tenu jeudi, la compagnie aérienne a présenté au personnel navigant les efforts qu'elle attend dans le cadre de son plan Perform 2020. Elle demande ainsi "une centaine d'heures de vol en plus", selon les syndicats.

Air France a désormais abattu ses cartes face aux syndicats. La compagnie aérienne a, jeudi dans le cadre d'un CCE (comité central d'entreprise) précisé les efforts qu'elle attend de son personnel navigant tout en écartant la menace de licenciements massifs.

Face aux élus du personnel, la direction a vanté une nouvelle fois son projet "Perform 2020", un plan de productivité et de croissance en discussions avec les syndicats, qu'elle espère lancer au plus vite. L'objectif est double: réaliser dans un premier temps 1,13 milliard d'euros d'économies d'ici à 2017, puis investir pour revenir dans le jeu face à ses principaux concurrents - les low cost en Europe, les compagnies asiatiques et surtout du Golfe sur le long-courrier.

La compagnie a posé un ultimatum à fin septembre : parvenir à un accord sur "Perform" avec ses pilotes (plan A) ou bien la compagnie réduira son offre long-courrier de 10% d'ici à 2017 (plan B).

Que réclame-t-elle de son personnel navigant ? "Une augmentation du nombre d'heures de vol à rémunération constante", explique le PDG d'Air France Frédéric Gagey dans un courrier jeudi aux salariés, dont l'AFP a eu copie. Les pilotes comme les hôtesses et stewards devraient voler "une centaine d'heures" supplémentaires par an, selon un élu du CCE. L'effort "correspondrait à environ 1,5 mois de travail gratuit", a commenté un cadre du SNPL, syndicat majoritaire de pilotes à Air France (65% des voix).

Pas de licenciements massifs même en cas de plan B

A défaut d'accord, Air France menace de retirer une dizaine d'avions de son réseau long-courrier - déficitaire sur la moitié des lignes. Et de reporter les commandes des Boeing 747, dont elle doit prendre livraison en 2016.

Depuis plusieurs semaines, les spéculations sur le nombre d'emplois menacés allaient crescendo, la CGT évoquant jusqu'à 8.000 suppressions de postes.

Jeudi, la direction a tenté d'apaiser les craintes, en écartant provisoirement la menace d'un plan social important: le directeur-général adjoint des ressources humaines à Air France, Xavier Broseta, a indiqué qu'il n'y aurait "pas de PSE (plan de sauvegarde de l'emploi) massif, même dans le cas d'un plan B", selon Didier Fauverte, secrétaire (CGT) du comité central d'entreprise.

Toutefois, la compagnie n'exclut pas des licenciements parmi les personnels navigants, faute d'accord avec leurs syndicats. Les personnels au sol resteraient en revanche relativement à l'abri des turbulences, la direction envisageant de recourir à de nouveaux plans de départs volontaires, selon Ronald Noirot (CFE-CGC).

A ce stade, il n'y aurait pas de licenciements à la Direction générale industrielle (DGI, chargée de la maintenance) et au sein du "hub" de Roissy, où sont postés les employés au sol, selon Xavier Broseta, ont rapporté plusieurs sources syndicales.

Cela n'empêchera pas l'entreprise de licencier "dans certains secteurs où on est aujourd'hui hors des clous", notamment dans les escales en régions, a cependant commenté Didier Fauverte (CGT). Marseille est notamment menacé.

Rendez-vous le 5 octobre

Les personnels au sol ont payé le plus lourd tribut durant le plan de restructuration "Transform" (début 2012 à fin 2014), avec leurs effectifs amputés d'environ 4.200 salariés, sur les quelque 5.500 personnes parties de la compagnie au total.

Les négociations à propos du plan "Perform 2020" ont pris beaucoup de retard, puisque les pilotes n'ont accepté de discuter avec la direction que vendredi dernier. Devant les élus du CCE, le SNPL Air France sur lequel repose tous les espoirs d'accord, a affiché sa volonté "que les négociations aboutissent", selon sa représentante, Véronique Damon.

Plan A ou plan B ? La direction dévoilera ses intentions lors d'un CCE extraordinaire le 5 octobre, quelques jours après des conseils d'administration d'Air France-KLM (à Amsterdam le 1e octobre) et Air France (le 2 octobre). La majorité des syndicats ont d'ores et déjà appelé à une journée d'action et de mobilisation ce jour-là "pour s'opposer à tout licenciement". La CGT, FO et UNSA aérien appellent de leur côté à cesser le travail pour le "maintien de l'emploi local".

J.M. avec AFP